Estimation indicative fondée sur des prix affichés. Elle ne constitue ni un avis de valeur ni une expertise au sens de la loi Hoguet.
C'est l'un des postes les plus contestés de la relation locative, et l'un des plus mal maîtrisés des deux côtés. Un bailleur qui refacture une charge non récupérable s'expose à devoir la rembourser ; un locataire qui refuse en bloc une régularisation régulière s'expose à une procédure. Entre les deux, une règle simple mais souvent ignorée : la liste des charges récupérables est limitative. Ce qui n'y figure pas ne se refacture pas — quelle que soit la rédaction du bail. Ce guide expose le cadre applicable en 2026 : les textes, la liste, le mécanisme des provisions, la régularisation annuelle, les justificatifs et les délais de contestation.
Le régime repose sur deux textes complémentaires :
Deux conséquences pratiques découlent de cette architecture.
Première conséquence : le bail ne peut pas élargir la liste. Une clause qui met à la charge du locataire les honoraires du syndic ou la prime d'assurance de l'immeuble est réputée non écrite, même signée de bonne foi par les deux parties. Le caractère limitatif de la liste est d'ordre public.
Seconde conséquence : « sur justification ». Une charge n'est pas due parce qu'elle est prévue au bail, elle est due parce qu'elle est justifiée. C'est le fondement du droit de consultation des pièces, sur lequel nous revenons plus bas.
Le décret de 1987 organise les charges récupérables autour de grandes familles. Les principales, dans le parc d'habitation ordinaire :
La rémunération du gardien ou de l'employé d'immeuble est récupérable, mais sous conditions et à taux variable : la quote-part dépend des tâches réellement exercées. Le principe retenu par le décret est celui d'une récupération à 75 % lorsque le salarié assure cumulativement l'entretien des parties communes et l'élimination des déchets, et à 40 % lorsqu'il n'assure que l'une des deux missions. Un employé d'immeuble affecté uniquement au nettoyage relève d'un régime distinct.
Une contribution du locataire au partage des économies de charges est possible après certains travaux d'amélioration de la performance énergétique, mais elle obéit à un régime propre, encadré et conditionné à une information préalable. Elle ne se confond pas avec les charges récupérables ordinaires.
Par symétrie, tout ce qui relève de la propriété, de la structure ou de l'administration de l'immeuble n'est pas récupérable :
La frontière entretien / remplacement est la source la plus fréquente de litige. La règle de lecture est celle de la nature de la dépense, pas de son montant : une menue réparation coûteuse reste récupérable, un remplacement bon marché ne l'est pas.
En location vide de résidence principale, le régime normal est celui des provisions sur charges avec régularisation annuelle. Le fonctionnement est en trois temps.
Le bailleur appelle chaque mois, avec le loyer, une provision pour charges. Son montant doit être fixé sur la base des résultats antérieurs — le dernier décompte annuel, ou le budget prévisionnel de la copropriété. Une provision volontairement sous-évaluée pour rendre l'annonce attractive n'est pas illégale en soi, mais elle prépare une régularisation douloureuse et un contentieux probable.
La régularisation est obligatoire et annuelle. Le bailleur compare la somme des provisions encaissées aux dépenses réellement engagées :
Un mois au moins avant la régularisation, le bailleur adresse au locataire :
Un appel de charges global, sans ventilation par nature, ne satisfait pas cette obligation.
C'est le corollaire du « sur justification » de l'article 23. Pendant six mois à compter de l'envoi du décompte, le bailleur doit tenir les pièces justificatives à la disposition du locataire. Concrètement : factures, contrats d'entretien, appels de fonds du syndic, relevés de consommation, bulletins de salaire du gardien pour la quote-part récupérable.
Trois précisions utiles :
Un bailleur qui néglige de régulariser pendant plusieurs années ne perd pas d'un coup son droit à créance, mais il perd le bénéfice de l'exigibilité immédiate. Lorsque la régularisation n'a pas été effectuée avant le terme de l'année civile suivant celle de l'exigibilité, le locataire peut exiger un étalement du paiement sur douze mois. La demande se formule par écrit, de préférence par lettre recommandée avec accusé de réception.
C'est une protection efficace contre l'appel de charges massif présenté après trois ou quatre ans de silence — situation classique lorsqu'un bien change de gestionnaire.
Depuis la loi ALUR du 24 mars 2014, l'action en paiement des charges locatives, comme celle en répétition de charges indûment perçues, se prescrit par trois ans à compter de la date d'exigibilité de la somme. Les charges antérieures au 24 mars 2014 relevaient d'une prescription de cinq ans.
La règle joue dans les deux sens :
Deux régimes dérogatoires permettent de remplacer les provisions par un forfait de charges.
Le bail peut prévoir un forfait plutôt que des provisions. Le forfait est alors versé simultanément au loyer, son montant doit être fixé au regard des montants exigibles chez le précédent locataire ou du budget prévisionnel, et il ne peut être manifestement disproportionné par rapport aux charges réelles. Contrepartie essentielle : le forfait n'est pas régularisable. Le bailleur ne peut pas réclamer de complément si les charges dépassent le forfait ; le locataire ne peut pas exiger de remboursement dans le cas inverse. Les règles générales du bail meublé sont détaillées dans notre guide de la location meublée.
Le forfait est également admis en colocation, dans des conditions comparables : montant non manifestement disproportionné, versement simultané au loyer, absence de régularisation. Le choix entre forfait et provisions se combine avec celui du bail — unique ou multiple — dont les implications sont exposées dans notre guide de la colocation.
Le forfait simplifie la gestion mais transfère un risque : c'est un pari sur la stabilité des charges, dans un contexte où le coût de l'énergie collective est tout sauf stable.
Côté locataire, la démarche se conduit en quatre temps.
Côté bailleur, la meilleure prévention est documentaire : conserver systématiquement les appels de fonds du syndic et les factures, régulariser dans l'année, et fournir un décompte lisible. Un bailleur qui délègue la gestion doit vérifier que son mandataire assure effectivement la régularisation annuelle — c'est l'un des points de contrôle à intégrer dans le suivi d'un mandat de gestion locative.
À la sortie du locataire, deux opérations distinctes se croisent souvent, au prix d'une confusion fréquente :
Le bailleur peut conserver une provision sur le dépôt de garantie dans l'attente de l'arrêté annuel des comptes, dans une limite encadrée, à charge de solder ensuite. Les règles applicables — montants, délais et recours — sont détaillées dans notre guide du dépôt de garantie locatif.
Photo : Ivan Baton — Unsplash — boîtes aux lettres numérotées dans le hall d'un immeuble
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