Estimation indicative fondée sur des prix affichés. Elle ne constitue ni un avis de valeur ni une expertise au sens de la loi Hoguet.
Six mois après l'entrée en vigueur de l'interdiction de louer les logements classés G au DPE (1er janvier 2025), le marché locatif français encaisse le premier étage d'un calendrier progressif qui va monter en puissance jusqu'en 2034. Où en sont les rénovations ? Que doivent anticiper les bailleurs ? Panorama du calendrier et des enjeux six mois après la première marche.
La loi Climat & Résilience du 22 août 2021 a défini un calendrier d'interdictions successives applicable aux baux d'habitation :
Concrètement, un bailleur ne peut plus signer de nouveau bail ni renouveler un bail existant sur un bien classé G depuis le 1er janvier 2025. Les baux en cours (signés avant cette date) restent valides jusqu'à leur terme ou leur résiliation. Cette gradation, adoptée pour permettre aux propriétaires d'anticiper les travaux, vise à faire disparaître les passoires thermiques du parc locatif à horizon 2034.
Selon les données de l'Observatoire national de la rénovation énergétique (ONRE) et de l'ADEME :
La concentration géographique reste marquée : Paris intra-muros (35 % du parc classé F ou G), zones rurales à bâti ancien (Bourgogne, Auvergne, Limousin), copropriétés d'avant-guerre en centre-ville.
Les chiffres MaPrimeRénov' communiqués par l'Anah pour le premier semestre 2026 indiquent :
Le rythme reste néanmoins inférieur à la cible fixée par le Plan de Rénovation Énergétique (700 000 rénovations d'ampleur/an à horizon 2030). À ce rythme, plusieurs centaines de milliers de biens F basculeront hors du marché locatif fin 2027 sans avoir été rénovés.
Deux profils sont exposés dès aujourd'hui :
Depuis le 1er janvier 2025, ils ne peuvent :
Le bailleur qui violerait cette règle s'expose à une action en réduction de loyer engagée par le locataire (article 20-1 loi 1989), voire à une résiliation du bail aux torts du bailleur. Les tribunaux, saisis dès 2025, tendent à donner raison aux locataires.
Ils ont jusqu'au 1er janvier 2028 pour agir — soit environ 2,5 ans. Compte tenu des délais moyens d'une rénovation d'ampleur (6 à 12 mois entre l'étude, l'accord financier, les travaux et le nouveau DPE), la fenêtre de manœuvre se resserre. Les artisans qualifiés RGE sont saturés dans plusieurs départements.
Face à cette contrainte, trois stratégies s'offrent au propriétaire :
Passer d'un DPE G ou F à un DPE D-C-B nécessite en général 25 000 à 60 000 € de travaux (isolation combles, murs, changement du système de chauffage, ventilation double flux). L'aide MaPrimeRénov' peut couvrir 30 à 80 % du coût selon les revenus. La rénovation d'ampleur reste la solution la plus rentable long terme : elle préserve la valeur du bien et le rend louable.
La vente d'une passoire thermique fait l'objet d'une décote significative : les études FNAIM 2026 confirment un différentiel de prix de -8 % à -15 % entre un bien classé D et un bien identique classé F/G. Cette décote s'accentue depuis 2025 sur les zones tendues où les acquéreurs anticipent l'interdiction de louer. Un audit énergétique est obligatoire depuis 2022 pour la vente d'un bien classé F ou G — il chiffre le coût des travaux et influence le prix de vente.
Certains bailleurs pensent contourner l'interdiction en basculant en meublé touristique (Airbnb) — les DPE ne s'appliquent pas aux locations saisonnières. Cette stratégie est de plus en plus encadrée depuis la loi Le Meur (novembre 2024) : plafonnement, quota, alignement fiscal. À moyen terme, elle n'offrira pas d'échappatoire pérenne.
Six mois après l'entrée en vigueur :
Le paysage des aides reste dense :
La fin 2027 sera la seconde grande bascule : environ 1,2 million de biens loués actuellement classés F devront être rénovés ou basculer hors du parc locatif. Le rythme actuel de rénovation ne permet pas d'absorber ce volume — un stress supplémentaire sur le marché locatif est attendu. Les analystes de l'ANIL estiment que 400 000 à 600 000 biens F ne seront pas rénovés à temps, aggravant la tension locative dans les zones déjà sous pression.
Photo : Erik Mclean — Unsplash
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