Estimation indicative fondée sur des prix affichés. Elle ne constitue ni un avis de valeur ni une expertise au sens de la loi Hoguet.
Instauré à titre expérimental par la loi ELAN du 23 novembre 2018 puis prolongé par la loi 3DS du 21 février 2022, l'encadrement des loyers reste, en 2026, l'un des dispositifs les plus structurants du marché locatif français. Il concerne aujourd'hui environ 69 communes réparties sur neuf territoires, où le loyer d'un logement mis en location ne peut plus dépasser un plafond fixé par arrêté préfectoral. Pour les bailleurs, la mécanique est contraignante et assortie de sanctions ; pour les locataires, elle ouvre des recours souvent méconnus. Alors que l'expérimentation doit arriver à échéance en novembre 2026, ce point réglementaire fait le tri entre les règles réellement en vigueur, les idées reçues et les démarches concrètes.
La première confusion à lever oppose deux régimes distincts, souvent mélangés dans le langage courant. Le plafonnement des loyers à la relocation s'applique dans les zones tendues, qui regroupent plus de 1 400 communes. Dans ces communes, lorsqu'un bailleur remet en location un logement, il ne peut en principe pas augmenter le loyer au-delà de la variation de l'indice de référence des loyers (IRL), sauf travaux importants ou loyer manifestement sous-évalué. Ce n'est pas un plafond absolu : c'est un frein à la hausse d'un locataire à l'autre.
L'encadrement des loyers proprement dit, issu de la loi ELAN, est bien plus strict et ne s'applique que dans une liste limitée de communes ayant candidaté au dispositif. Là, chaque logement est soumis à un plafond chiffré et opposable : le loyer de base ne peut excéder un « loyer de référence majoré » fixé par le préfet. C'est ce second dispositif, le plus rigoureux, que nous détaillons ici. Selon les précisions apportées par l'ANIL et par service-public.fr, ces deux régimes peuvent d'ailleurs se cumuler dans une même ville.
Contrairement à une idée répandue, l'encadrement des loyers n'est pas décidé par l'État de façon uniforme : ce sont les collectivités qui candidatent, puis un décret et un arrêté préfectoral qui le rendent applicable. En 2026, les territoires où le dispositif est en vigueur sont les suivants :
Plusieurs collectivités ont par ailleurs manifesté leur intérêt pour rejoindre l'expérimentation, mais l'entrée en vigueur suppose à chaque fois la publication d'un arrêté préfectoral. Avant de signer un bail, mieux vaut donc vérifier la situation précise de la commune, car le zonage évolue. Un locataire qui cherche un logement à louer un appartement à Montpellier ou à Bordeaux n'est pas soumis aux mêmes plafonds qu'ailleurs, et l'écart de loyer autorisé peut être significatif.
Le cœur du dispositif repose sur des loyers de référence exprimés en euros par mètre carré de surface habitable, fixés chaque année par arrêté préfectoral. Ils sont établis à partir des données d'un observatoire local des loyers agréé, et déclinés selon plusieurs critères : le secteur géographique, le nombre de pièces, l'époque de construction et le caractère meublé ou non du logement.
Pour chaque catégorie, l'arrêté fixe trois valeurs :
Concrètement, le loyer de base hors charges d'un logement mis en location ne peut jamais excéder le loyer de référence majoré applicable à sa catégorie. Un bailleur qui dépasse ce plafond est en infraction, quel que soit l'état du marché.
Il existe une exception : le complément de loyer. Un bailleur peut demander un loyer supérieur au loyer de référence majoré si le logement présente des caractéristiques de localisation ou de confort exceptionnelles, déterminantes et non déjà prises en compte dans la fixation du loyer de référence : vue remarquable, terrasse de grande taille, hauteur sous plafond atypique, équipements haut de gamme. En revanche, un simple bon emplacement, un ascenseur ou une exposition agréable ne suffisent pas à le justifier.
Le complément de loyer doit être expressément mentionné et motivé dans le bail, et il ne peut pas être appliqué à des logements présentant certains défauts (sanitaires sur le palier, humidité, infiltrations, etc.). Le montant du complément est par ailleurs désormais encadré dans plusieurs villes, la réglementation ayant resserré les abus constatés lors des premières années d'application.
Le dispositif s'accompagne d'obligations de transparence strictes. Toute annonce de location, ainsi que le bail, doivent obligatoirement mentionner :
Ces mentions permettent au locataire de vérifier, avant même de visiter, si le loyer respecte la réglementation. C'est un réflexe à généraliser lorsqu'on recherche un logement dans une ville concernée : comparer le loyer affiché d'un appartement à louer à Lyon au loyer de référence majoré de sa catégorie prend quelques minutes et peut représenter plusieurs centaines d'euros d'économie sur l'année. Les sites institutionnels et les observatoires locaux mettent à disposition des simulateurs de plafond par adresse.
Le non-respect de l'encadrement n'est pas une simple irrégularité contractuelle : il expose à des sanctions administratives. Lorsqu'un dépassement est constaté, le préfet peut adresser au bailleur une mise en demeure de mettre le bail en conformité et de restituer au locataire les sommes trop perçues.
Si le bailleur ne s'exécute pas, il encourt une amende administrative pouvant atteindre 5 000 € pour un particulier et 15 000 € pour une personne morale (société civile immobilière, agence, foncière). Cette amende s'ajoute à l'obligation de rembourser le trop-perçu. S'agissant du complément de loyer, un complément injustifié ou non motivé peut être contesté et donner lieu à un remboursement rétroactif de l'ensemble des sommes indûment versées depuis la signature du bail.
Au-delà du risque financier, un bail non conforme fragilise durablement la relation locative : le loyer peut être révisé à la baisse à tout moment de la procédure, et le bailleur perd toute latitude sur la valorisation de son bien.
Une confusion fréquente consiste à croire que l'encadrement des loyers interdit toute augmentation en cours de bail. Ce n'est pas le cas. L'encadrement fixe un plafond au moment de la mise en location ou du renouvellement, mais la révision annuelle du loyer reste régie par l'indice de référence des loyers (IRL) publié chaque trimestre par l'Insee.
Autrement dit, un bailleur dont le loyer respecte le plafond peut continuer à le réviser une fois par an dans la limite de la variation de l'IRL, à condition qu'une clause de révision figure au bail. La révision ne peut toutefois pas conduire à dépasser le loyer de référence majoré en vigueur. Les deux mécanismes se superposent donc : l'IRL borne la progression annuelle, l'encadrement borne le niveau absolu.
Le locataire qui constate un loyer supérieur au plafond n'est pas démuni. Plusieurs voies existent :
Point essentiel : l'action en diminution de loyer peut être engagée dans un délai de trois ans à compter de la signature du bail. Le locataire n'a donc pas besoin d'attendre la fin de son contrat pour agir, et un départ du logement n'efface pas nécessairement le droit à remboursement. Les agences départementales d'information sur le logement (ADIL), animées par l'ANIL, offrent un conseil juridique gratuit pour évaluer la situation et rédiger les courriers.
L'expérimentation ouverte par la loi ELAN et prolongée par la loi 3DS doit en principe s'achever en novembre 2026, huit ans après la promulgation de la loi fondatrice. À cette échéance, le législateur devra choisir : laisser le dispositif s'éteindre, le prolonger de nouveau ou le pérenniser. Les bilans dressés par les observatoires locaux et par les pouvoirs publics alimentent un débat vif entre associations de locataires, qui plaident pour une généralisation, et représentants des bailleurs, qui pointent un risque de contraction de l'offre.
Pour les ménages, l'incertitude sur l'avenir du dispositif est une raison supplémentaire de connaître ses droits maintenant. Que l'on cherche à louer un appartement à Lille ou à investir dans une ville concernée, la règle est la même : le plafond en vigueur au jour de la signature s'impose, et il conditionne à la fois le prix payé et la sécurité juridique du bail.
L'encadrement des loyers de 2026 n'est ni un gel généralisé ni une mesure marginale : c'est un plafond chiffré, opposable et sanctionné, applicable dans environ 69 communes ciblées. Avant de signer, vérifiez le loyer de référence majoré de votre catégorie de logement, exigez qu'il figure dans l'annonce et le bail, et scrutez tout complément de loyer. Côté bailleur, la conformité n'est plus une option : au-delà de l'amende, un bail hors plafond expose à des remboursements rétroactifs sur trois ans. En cas de doute, un passage par l'ADIL de votre département ou une consultation de service-public.fr permet de sécuriser la démarche avant qu'un litige ne s'installe.
Photo : Unsplash
Vous devez posséder un compte Zimo pour utiliser cette fonctionnalité.
Pas encore de compte ? S'inscrire