Estimation indicative fondée sur des prix affichés. Elle ne constitue ni un avis de valeur ni une expertise au sens de la loi Hoguet.
C'est l'une des réformes les plus structurantes pour le parc immobilier français — et pourtant elle est passée relativement inaperçue. Depuis le 1er janvier 2026, le calcul du diagnostic de performance énergétique (DPE) intègre un nouveau coefficient de conversion de l'électricité, abaissé de 2,3 à 1,9. Conséquence directe : environ 850 000 logements sortent automatiquement de la catégorie des passoires énergétiques (classes F et G), changeant d'étiquette sans qu'aucun travaux n'ait été réalisé. Six mois après l'entrée en vigueur, où en est-on de cette réforme aux effets considérables sur le marché du logement ? État des lieux.
Le coefficient de conversion mesure l'énergie primaire nécessaire pour produire un kWh d'énergie finale consommée. Pour l'électricité, ce coefficient était historiquement fixé à 2,3 en France — un niveau hérité d'une époque où la production d'électricité européenne reposait largement sur les énergies fossiles. Ce coefficient avait pour effet de pénaliser les logements chauffés à l'électricité dans le calcul du DPE, en majorant leur consommation d'énergie primaire affichée.
Or le mix énergétique français de production d'électricité est fortement décarboné : environ 95 % de l'électricité produite en France est d'origine nucléaire ou renouvelable, soit l'un des taux les plus élevés d'Europe. La directive européenne de 2023 sur la performance énergétique des bâtiments (DPEB) a invité les États membres à revoir leur coefficient pour refléter cette réalité. La France a tranché : le coefficient passe à 1,9 par un arrêté ministériel applicable au 1er janvier 2026.
L'effet mécanique du nouveau coefficient est massif. Selon les estimations du ministère de la Transition écologique, environ 850 000 logements sortent automatiquement de la catégorie des passoires énergétiques (étiquettes F ou G), sur la base des chiffres de janvier 2023. Cela représente près de 18 % des 4,8 millions de passoires recensées à cette date — un effet de seuil sans précédent dans l'histoire récente du DPE.
Tous les logements concernés ont en commun d'être chauffés à l'électricité : convecteurs ou pompes à chaleur. Pour eux, la baisse mécanique de la consommation d'énergie primaire calculée fait basculer l'étiquette vers une classe moins défavorable — typiquement de G à F, de F à E, voire de E à D pour les logements les mieux isolés. Aucun logement, à l'inverse, ne voit son étiquette se dégrader avec le nouveau coefficient.
Pour les propriétaires d'un logement dont le DPE a été établi avant le 1er janvier 2026, deux situations cohabitent. Les nouveaux DPE réalisés à compter de cette date intègrent automatiquement le coefficient 1,9 — aucune démarche n'est nécessaire au-delà de la commande standard d'un diagnostic.
Pour les DPE existants, le gouvernement et l'ADEME ont mis en place un mécanisme inédit : la mise à jour automatique gratuite via l'Observatoire DPE-Audit. Le propriétaire peut, sur le portail dédié de l'ADEME, télécharger une version actualisée de son DPE intégrant le nouveau coefficient — sans nouvelle visite du diagnostiqueur et sans frais. La validité juridique de cette version actualisée est strictement équivalente à celle d'un nouveau DPE.
Ce mécanisme est essentiel pour les bailleurs de logements F ou G chauffés à l'électricité : il leur permet, dans certains cas, d'éviter l'interdiction de location qui frappe progressivement ces étiquettes — interdiction du nouveau bail pour les G depuis le 1er janvier 2025, et étendue aux F à partir du 1er janvier 2028.
Pour le marché immobilier, l'impact est tangible. Côté vente, les biens chauffés à l'électricité dont l'étiquette remonte d'un cran perdent en partie la décote « passoire » qui pesait sur leur valorisation. Plusieurs estimations professionnelles évoquent une revalorisation potentielle de 3 à 8 % pour les logements qui passent de G à F ou de F à E, sous l'effet conjugué de la levée de stigmatisation et de la remise sur le marché locatif.
Côté location, l'effet est plus structurant encore. Un logement classé G ne pouvait, depuis 2025, plus faire l'objet d'un nouveau bail. Un logement qui repasse à F redevient louable jusqu'au 1er janvier 2028, date à laquelle l'interdiction s'étendra à cette étiquette. Pour les bailleurs concernés, le gain de temps est précieux : ils disposent d'une fenêtre supplémentaire pour réaliser ou financer des travaux de rénovation énergétique avant la prochaine échéance d'interdiction.
La réforme du coefficient suscite des positions contrastées. Pour les professionnels du bâtiment et les fédérations de propriétaires (UNPI, FNAIM), il s'agit d'un alignement de bon sens sur la réalité physique du mix énergétique français. Le coefficient 2,3 surévaluait de facto les consommations d'énergie primaire des logements électriques, dans un pays où la production est massivement décarbonée — créant une distorsion injustifiée avec les logements chauffés au gaz ou au fioul.
Pour les associations environnementales et plusieurs syndicats de locataires, à l'inverse, la réforme constitue un recul de fait sur la trajectoire de sortie des passoires énergétiques fixée par la loi Climat et Résilience de 2021. La sortie de 850 000 logements de la catégorie des passoires se fait sans aucun travaux, alors que la consommation réelle d'énergie de ces logements n'a en rien diminué. Les locataires en place continueront à acquitter des factures de chauffage potentiellement élevées, sans bénéficier d'une amélioration tangible du confort énergétique.
L'ADEME, organisme officiel chargé de la transition énergétique, a publié une note technique qui valide la cohérence physique de l'évolution, tout en rappelant que le DPE reste un indicateur normatif et qu'il ne se substitue pas à la mesure des consommations réelles. La cohérence européenne du coefficient — la France était l'un des derniers pays à conserver le coefficient 2,3 — a également pesé en faveur de la réforme.
Au-delà de l'effet immédiat sur les étiquettes, le nouveau coefficient envoie un signal explicite à l'ensemble des propriétaires : l'électrification du chauffage devient l'un des leviers privilégiés de la sortie des passoires. Une pompe à chaleur air-eau ou air-air, alimentée par l'électricité décarbonée du réseau, permet désormais de gagner plus facilement plusieurs étiquettes DPE qu'auparavant — un argument économique fort pour les ménages hésitant entre plusieurs solutions de rénovation.
Cette orientation s'inscrit dans la cohérence des dispositifs d'aide. MaPrimeRénov', dans ses différentes déclinaisons (parcours par geste, parcours accompagné, MaPrimeRénov' Copropriété), continue de soutenir le remplacement des chaudières fossiles par des solutions électriques. L'éco-PTZ, les certificats d'économies d'énergie (CEE) et le crédit d'impôt pour la transition énergétique (CITE résiduel) sont alignés sur la même priorité.
Pour un propriétaire bailleur d'un logement F chauffé au gaz ou au fioul, le calcul devient particulièrement explicite : remplacer la chaudière par une pompe à chaleur permet souvent de remonter à E voire à D, débloquant la possibilité de louer le bien après 2028. Avec un coût d'investissement de l'ordre de 10 000 à 18 000 €, partiellement couvert par les aides, l'opération devient rentable à horizon de cinq à sept ans en location, en intégrant à la fois les économies d'énergie pour le locataire et la sécurisation juridique du bailleur.
À mi-2026, six mois après l'entrée en vigueur de la réforme, plusieurs constats émergent. Le portail ADEME a enregistré plus de 400 000 demandes de mise à jour de DPE dans les premières semaines de 2026, témoignant d'une appropriation rapide par les propriétaires informés. Les diagnostiqueurs immobiliers, eux, font état d'une baisse temporaire de l'activité sur le segment des audits énergétiques, partiellement compensée par les nouvelles obligations de DPE collectif pour les copropriétés de moins de 50 lots (entrées en vigueur la même année).
Côté marché, le réajustement des étiquettes a accéléré la remise sur le marché locatif de plusieurs dizaines de milliers de logements électriques qui avaient été retirés ou transformés en résidences secondaires par leurs propriétaires. C'est l'un des premiers signes tangibles de détente sur l'offre locative dans les zones tendues, après plusieurs années de contraction.
Reste un défi de communication : une partie significative des propriétaires concernés ignore encore que leur DPE peut être actualisé sans frais. Les plateformes professionnelles — agences, syndics, mandataires — multiplient les rappels, mais les petits bailleurs particuliers, particulièrement nombreux dans les villes moyennes et le diffus, restent insuffisamment informés. Pour eux, le réflexe à adopter est simple : consulter le portail observatoire-dpe-audit.ademe.fr en saisissant le numéro de DPE figurant sur le document, et télécharger gratuitement la version actualisée.
La réforme du coefficient 1,9 ne réglera pas, à elle seule, la question de la performance énergétique du parc français. Mais elle redessine en profondeur le calendrier de plusieurs centaines de milliers de propriétaires et marque un tournant doctrinal : la France assume désormais sa spécificité électrique, tout en gardant intacte sa trajectoire de sortie des passoires les plus dégradées. La prochaine échéance — celle du 1er janvier 2028 — est désormais l'horizon à surveiller pour les propriétaires bailleurs encore en classe F.
Photo de couverture : alpha innotec / Unsplash (licence libre).
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