Estimation indicative fondée sur des prix affichés. Elle ne constitue ni un avis de valeur ni une expertise au sens de la loi Hoguet.
Avec seulement 19 700 logements neufs vendus au premier trimestre 2026, la crise du logement neuf en France s'aggrave encore : -14,3 % sur un an, un plus bas historique depuis le début des relevés, et un stock invendu qui tutoie 12 % du marché. Pourtant, du côté des autorisations de construire, le frémissement est là — +29 % de permis délivrés.
La Fédération des Promoteurs Immobiliers (FPI) a publié son traditionnel observatoire trimestriel avec des chiffres alarmants. Les ventes en bloc et au détail cumulées s'établissent à 19 700 unités sur le trimestre, contre 22 990 un an plus tôt, soit -14,3 %. C'est en-deçà du seuil symbolique des 20 000 unités, jamais franchi à la baisse depuis 2009.
Dans le détail, les ventes au détail (logements vendus à des accédants ou investisseurs particuliers) reculent de -16,8 %, tandis que les ventes en bloc (cessions à des bailleurs sociaux ou institutionnels) limitent leur baisse à -9,2 %. Le segment investisseurs individuels reste particulièrement déprimé : la fin du Pinel au 31 décembre 2024 continue de peser, et aucun dispositif de substitution généralisé n'a été mis en place malgré les promesses du PLF 2025.
Le "hard stock" — c'est-à-dire les logements achevés et invendus depuis plus de douze mois — atteint 12 % du parc en commercialisation, contre 9 % un an plus tôt. Concrètement, près de 8 200 logements sont aujourd'hui livrés mais sans acquéreur, immobilisant trésorerie et lignes bancaires des promoteurs. Plusieurs opérateurs régionaux ont annoncé des plans de cession à prix décotés (-8 à -12 % par rapport à la grille initiale) pour assainir leur bilan.
Les zones les plus touchées par le stock dormant sont les grandes périphéries de l'Île-de-France (Essonne, Seine-et-Marne), la couronne lyonnaise et certains secteurs littoraux du Languedoc-Roussillon où l'investissement Pinel avait massivement alimenté la production 2018-2022.
Paradoxe du marché : alors que les ventes s'effondrent, les permis de construire en logements collectifs progressent. Sur le premier trimestre 2026, 23 400 logements ont été autorisés, soit +29 % sur un an. C'est largement insuffisant pour répondre aux besoins (l'Union sociale pour l'habitat estime à 200 000 le déficit annuel), mais cela marque le premier rebond significatif depuis 2022.
Ce rebond des autorisations s'explique par trois facteurs : la baisse des taux directeurs de la BCE qui a redonné un peu d'oxygène aux montages financiers, l'assouplissement de certaines règles d'urbanisme dans le cadre de la loi "Logement abordable" du printemps 2026, et la pression politique exercée par plusieurs grandes métropoles pour accélérer les autorisations en zone tendue.
L'autre point noir du trimestre concerne les coûts de revient. L'indice ICC (Indice du Coût de la Construction) progresse de +3,2 % sur un an, après plusieurs années de hausse à deux chiffres. Si la décélération est notable, le niveau atteint reste prohibitif : un programme de 50 logements en zone B1 coûte aujourd'hui en moyenne 2 850 €/m² de coût de revient contre 2 100 €/m² en 2020 — soit +36 % en six ans.
Conséquence directe : pour équilibrer ses opérations, le promoteur doit fixer un prix de vente médian autour de 4 300-4 600 €/m² en région, ce qui exclut une part croissante de la demande accédante. La hausse des taux entre 2022 et 2024, partiellement résorbée mais toujours à 3,5-3,8 % en moyenne, a aggravé l'inadéquation entre prix de l'offre et solvabilité des ménages.
La FPI table sur une stabilisation des ventes au S2 autour de 80 000 à 85 000 unités sur l'année — un niveau qui resterait inférieur de moitié à celui d'avant-crise. Trois conditions sont identifiées comme indispensables pour un redémarrage durable :
Pour les acquéreurs disposant d'un apport et d'une solvabilité confirmée, la fenêtre 2026 reste favorable : les promoteurs négocient désormais des remises significatives sur les programmes en stock, et plusieurs cherchent activement à pré-commercialiser des opérations à des prix raisonnés.
Photo : Tom Caillarec — Unsplash
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