Estimation indicative fondée sur des prix affichés. Elle ne constitue ni un avis de valeur ni une expertise au sens de la loi Hoguet.
C'est un texte de trois pages, publié au Journal officiel de ce mardi 18 août 2026, qui ne parlera pas directement au propriétaire d'un pavillon. Il mérite pourtant qu'on s'y arrête : le décret n° 2026-792 du 15 août 2026 crée un seuil dérogatoire et temporaire au-dessous duquel les acheteurs publics pourront commander l'installation d'une pompe à chaleur, ou le raccordement d'un bâtiment à un réseau de chaleur urbain, sans publicité ni mise en concurrence préalables. Le montant retenu est de 140 000 € hors taxes, contre 100 000 € HT pour les marchés de travaux en général. La mesure entre en vigueur le 19 août et s'éteint le 31 décembre 2026.
Derrière cette mécanique de commande publique se joue quelque chose de très concret pour des centaines de milliers de logements : le rythme auquel les écoles, les mairies, les hôpitaux, les résidences universitaires et surtout les organismes de logement social vont pouvoir sortir leurs chaufferies du gaz et du fioul avant l'hiver.
Le code de la commande publique autorise déjà, à son article R. 2122-8, un acheteur à passer un marché « sans publicité ni mise en concurrence préalables » lorsque la valeur estimée du besoin reste sous un certain montant. Ce seuil a été relevé au 1er janvier 2026 par le décret n° 2025-1386 du 29 décembre 2025 : il est passé de 40 000 € à 100 000 € HT pour les marchés de travaux.
Le décret du 15 août ajoute une dérogation ciblée par-dessus ce régime. Pour deux familles de travaux précisément désignées — l'installation de pompes à chaleur dans les bâtiments et le raccordement au réseau de chaleur urbain — le seuil de dispense est porté à 140 000 € HT. Trois précisions comptent :
Le décret s'applique aux marchés dont la consultation est engagée ou l'avis d'appel à la concurrence envoyé à compter de son entrée en vigueur, soit le 19 août 2026. Il est étendu aux îles Wallis et Futuna, à la Polynésie française, à la Nouvelle-Calédonie et aux Terres australes et antarctiques françaises.
La fenêtre choisie n'a rien d'anodin : quatre mois et demi, de la mi-août au 31 décembre. C'est exactement la période pendant laquelle les maîtres d'ouvrage publics engagent les remplacements de chaufferie destinés à être opérationnels pour la saison de chauffe, et pendant laquelle une procédure formalisée de plusieurs semaines fait manquer l'hiver.
Le calendrier réglementaire de la rentrée va dans le même sens pour les particuliers. Au 1er septembre 2026, l'éco-PTZ cesse de financer les rénovations globales qui conservent un chauffage fossile, et la prime Coup de pouce Chauffage se referme sur les pompes à chaleur dépourvues d'agrément. L'État resserre les aides sur un équipement précis d'un côté, et lève les frottements administratifs sur l'achat public du même équipement de l'autre.
Le raccordement aux réseaux de chaleur, cité au même rang que la pompe à chaleur, obéit à la même logique. Un réseau alimenté majoritairement par des énergies renouvelables et de récupération permet de décarboner d'un coup un immeuble entier sans toucher aux émetteurs de chaque logement — mais le coût du raccordement (sous-station, canalisations en pied d'immeuble) est précisément le type de marché de quelques dizaines de milliers d'euros que le décret entend débloquer.
Disons-le clairement, parce que le sujet prête à confusion : ce décret ne s'applique pas aux particuliers, ni aux copropriétés privées. Un syndicat de copropriétaires n'est pas un acheteur soumis au code de la commande publique ; il choisit ses entreprises librement, sous le contrôle de l'assemblée générale et selon les règles de mise en concurrence prévues par le règlement ou votées en AG. Personne n'aura besoin d'invoquer ce texte pour faire installer une pompe à chaleur chez soi.
En revanche, trois catégories d'occupants peuvent en ressentir les effets dans les mois qui viennent :
Pour les copropriétés qui financent leur propre décarbonation, le levier n'est pas ce décret mais les aides collectives : MaPrimeRénov' Copropriété, qui prend en charge jusqu'à 45 % du montant des travaux, reste l'entrée principale, avec un calendrier de dépôt à surveiller de près à la rentrée.
Le choix d'une date de sortie au 31 décembre 2026 est en soi une information. Les dérogations de ce type — un seuil relevé pour une famille de travaux, pour quelques mois — servent habituellement de banc d'essai avant une éventuelle pérennisation dans le code. Le relèvement général du seuil travaux de 40 000 à 100 000 € au 1er janvier 2026 a suivi ce chemin. Reste à voir si le volume de commandes passées d'ici décembre justifiera de reconduire l'exception en 2027, ou si le seuil de droit commun sera simplement relevé pour tout le monde.
Photo : alpha innotec — Unsplash — unité extérieure de pompe à chaleur installée devant un immeuble en briques rénové
Vous devez posséder un compte Zimo pour utiliser cette fonctionnalité.
Pas encore de compte ? S'inscrire