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Crédit immobilier : à partir du 20 novembre, un impayé sur un « paiement en trois fois » pourra vous ficher au FICP

Crédit immobilier : à partir du 20 novembre, un impayé sur un « paiement en trois fois » pourra vous ficher au FICP
par Fabian Lainé le

Crédit immobilier : à partir du 20 novembre, un impayé sur un « paiement en trois fois » pourra vous ficher au FICP

Le Journal officiel du 23 août 2026 a publié un texte court, technique, et passé quasiment inaperçu : l'arrêté du 11 août 2026 modifiant l'arrêté du 26 octobre 2010 relatif au fichier national des incidents de remboursement des crédits aux particuliers — le FICP.

C'est la dernière pièce d'une réforme d'ensemble du crédit à la consommation qui entrera en vigueur le 20 novembre 2026. Et elle concerne directement ceux qui préparent un achat immobilier, pour une raison simple : une inscription au FICP ferme, en pratique, l'accès au crédit immobilier. Toutes les banques consultent ce fichier avant d'accorder un prêt. Aucune ne prête à un emprunteur fiché.

Or, à partir du 20 novembre, le périmètre des crédits susceptibles de vous y faire entrer s'élargit considérablement.

Ce que dit le calendrier

La réforme découle de la directive (UE) 2023/2225 du 18 octobre 2023 relative aux contrats de crédit aux consommateurs, qui abroge la directive de 2008. Elle a été transposée en droit français par l'ordonnance n° 2025-880 du 3 septembre 2025, complétée par une ordonnance rectificative n° 2025-1154 du 2 décembre 2025.

Trois textes réglementaires sont venus compléter le dispositif : un décret du 19 février 2026 sur la transparence des offres, un décret du 1er août 2026 sur la traçabilité de l'analyse de solvabilité, et donc l'arrêté du 11 août 2026 sur le fonctionnement du FICP.

Tous entrent en vigueur à la même date : le 20 novembre 2026.

Les cinq familles de crédits qui basculent dans le champ

Jusqu'ici, plusieurs formes de financement échappaient totalement ou partiellement à la réglementation du crédit à la consommation. Elles y entrent :

  • Les paiements fractionnés et différés de moins de trois mois à frais négligeables — le fameux « 3× sans frais » proposé à la caisse ou en ligne (BNPL).
  • Les mini-crédits inférieurs à 200 €, jusqu'ici sous le seuil d'application de la directive de 2008.
  • Les crédits dits « gratuits », sans intérêts ni frais.
  • La location avec option d'achat (LOA), très répandue sur l'automobile.
  • Les crédits à la consommation compris entre 75 000 et 100 000 €, qui sortaient du plafond antérieur.

Les cartes à débit différé, elles, restent exemptées.

Pourquoi cela touche l'immobilier

Le FICP est géré par la Banque de France. Il recense deux catégories d'informations : les incidents de paiement caractérisés sur un crédit aux particuliers, et les situations de surendettement.

Un incident est dit caractérisé lorsque, notamment, deux échéances consécutives restent impayées, ou lorsqu'un impayé dépasse 60 jours, ou encore lorsque l'établissement engage une procédure judiciaire après mise en demeure.

Les durées de conservation sont sévères :

  • Cinq ans à compter de la déclaration de l'incident — avec radiation anticipée dès paiement intégral de la somme due ;
  • Sept ans au maximum en cas de plan conventionnel de redressement issu d'une procédure de surendettement ;
  • Cinq ans après la clôture d'une procédure de rétablissement personnel.

Traduit en langage de dossier de prêt : un « 3× sans frais » de 180 € oublié sur un site marchand en janvier peut, à partir de novembre 2026, produire une inscription qui rendra impossible l'obtention d'un crédit immobilier jusqu'en 2031 si l'impayé n'est pas régularisé. Le montant en cause n'a aucune importance ; c'est l'existence de la ligne au fichier qui bloque.

C'est un changement de nature. Le paiement fractionné était jusqu'ici perçu comme une facilité de caisse sans conséquence sur la solvabilité bancaire. Il devient un crédit comme un autre, avec la même mémoire.

Ce que l'arrêté du 11 août change au fonctionnement du fichier

Le texte ajuste les règles de consultation obligatoire. Deux points méritent d'être retenus :

  • La consultation du FICP est étendue aux augmentations significatives d'encours existants — un prêteur qui relève le plafond d'un crédit renouvelable devra donc vérifier le fichier, et pas seulement lors de la souscription initiale.
  • À l'inverse, les mini-crédits et les financements très courts sont dispensés de consultation obligatoire : les établissements peuvent consulter, mais n'y sont pas tenus.

Cette asymétrie est importante à comprendre : un mini-crédit peut vous inscrire au FICP sans que le prêteur ait été obligé de consulter le fichier avant de vous l'accorder. Autrement dit, la vérification en amont est allégée, mais la sanction en aval reste entière.

Ce qu'il faut faire avant novembre

Trois réflexes, si un projet immobilier est en préparation :

  1. Vérifier son propre fichage. Toute personne peut demander à la Banque de France si elle figure au FICP : en se présentant dans une succursale avec une pièce d'identité, par courrier signé accompagné d'une copie de pièce d'identité, ou en ligne via le service d'accueil de la Banque de France. C'est gratuit.
  2. Solder les micro-impayés. La radiation intervient dès le paiement intégral de la somme due. Un litige à 40 € réglé aujourd'hui vaut mieux qu'une ligne au fichier découverte au moment de l'accord de principe.
  3. Faire l'inventaire des paiements fractionnés en cours. Les échéances de novembre et décembre 2026 seront les premières exposées au nouveau régime.

La réforme renforce par ailleurs les obligations de publicité : les communications commerciales devront être « claires, loyales et non trompeuses » et rappeler qu'« un crédit vous engage et doit être remboursé ».

Le contexte : un marché du crédit qui s'est durci par le financement

Cette réforme arrive dans un marché où la contrainte n'est plus le prix mais l'accès au crédit. Les barèmes bancaires de la rentrée 2026 sont scrutés de près, et la moindre fragilité de dossier se paie désormais en taux ou en refus. Nous avons détaillé cette mécanique dans notre baromètre du crédit immobilier de fin juillet 2026.

Pour les emprunteurs concernés, deux leviers restent disponibles : passer par un intermédiaire pour présenter le dossier — voir notre guide sur le courtier en crédit immobilier — et sécuriser juridiquement le compromis, ce que permet la condition suspensive d'obtention du prêt, dont la rédaction devient stratégique quand l'issue du financement est incertaine.

À retenir

  • L'arrêté du 11 août 2026, publié au JO du 23 août, complète la réforme du crédit à la consommation issue de l'ordonnance n° 2025-880 du 3 septembre 2025.
  • Entrée en vigueur : 20 novembre 2026.
  • Paiements fractionnés, mini-crédits sous 200 €, crédits gratuits, LOA et crédits de 75 000 à 100 000 € entrent dans le champ.
  • Un incident sur l'un de ces financements peut désormais déclencher une inscription au FICP — soit cinq ans de blocage de fait sur un crédit immobilier, sauf régularisation.
  • La consultation du FICP est gratuite auprès de la Banque de France.

Sources

Photo : Clay Banks — Unsplash — paiement par carte sur un terminal de commerce

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