Six mois après l'entrée en vigueur au 1er janvier 2026 du nouveau coefficient de conversion de l'électricité (passé de 2,3 à 1,9), le premier bilan de la réforme du DPE est spectaculaire : 850 000 logements reclassés, 43 % des DPE affectés gagnent une classe, et 68 % des logements précédemment F remontent en E. Une bouffée d'oxygène pour les bailleurs concernés à 18 mois de l'interdiction 2028.
Rappel : la réforme du 1er janvier 2026
Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l'énergie électrique en énergie primaire (utilisé dans le calcul du DPE) est passé de 2,3 à 1,9. Ce changement méthodologique vise à mieux refléter la réalité du mix électrique français, largement décarboné grâce au nucléaire et aux renouvelables. Auparavant, les logements chauffés à l'électricité étaient pénalisés par un coefficient élevé qui gonflait mécaniquement leur consommation "primaire" — sans lien avec leur véritable empreinte carbone.
La réforme, longtemps attendue par les propriétaires de studios électriques et de maisons individuelles chauffées au tout-électrique, produit désormais ses effets.
Un bilan chiffré à 6 mois
Les données consolidées de l'Observatoire national de la rénovation énergétique (ONRE) et du Ministère de la Transition écologique révèlent :
- 850 000 logements voient leur classe DPE modifiée (à la hausse) suite à la réforme ;
- 43 % des DPE concernés par le calcul gagnent une classe entière ;
- Moins de 2 % gagnent plus d'une classe (biens combinant chauffage électrique et bonne isolation) ;
- 68 % des logements précédemment classés F remontent en E — sortant ainsi du régime des "passoires thermiques" ;
- Aucune dégradation d'étiquette n'est possible par ce seul changement méthodologique.
Les grands gagnants de la réforme
Cinq profils bénéficient particulièrement du reclassement :
- Studios et T1 parisiens chauffés à l'électricité : gain d'une classe fréquent, sortie possible du F ;
- Maisons individuelles avec chauffage électrique et bonne isolation : gain d'une à deux classes ;
- Logements avec pompe à chaleur (électrique) : reconnaissance de la performance réelle ;
- Petites surfaces où le chauffage représente une part élevée de la consommation ;
- Logements récents (2000-2015) équipés d'un chauffage électrique moderne mais pénalisés par l'ancienne méthode.
Impact sur le régime des interdictions locatives
Le calendrier des interdictions de mise en location reste inchangé :
- Depuis le 1er janvier 2025 : interdiction des G ;
- À partir du 1er janvier 2028 : interdiction des F ;
- À partir du 1er janvier 2034 : interdiction des E.
Mais avec le reclassement massif de 68 % des F en E, le nombre de biens concernés par l'interdiction 2028 a chuté de manière significative. On passe d'environ 3,6 millions de logements F du parc locatif privé à environ 1,2 million — le reste étant automatiquement remonté en E.
Attention : le reclassement en E ne dispense pas des futures interdictions 2034. Les bailleurs concernés devront réaliser des travaux d'isolation ou de rénovation pour remonter en D avant 2034.
Ce qu'il faut faire pour bénéficier de la réforme
Un DPE existant établi avant le 1er janvier 2026 n'est pas automatiquement modifié. Pour bénéficier du reclassement, le propriétaire doit :
- Faire réaliser un nouveau DPE par un diagnostiqueur certifié, en application de la nouvelle méthode ;
- Coût : 100-250 € selon la surface et la localisation ;
- Validité : 10 ans ;
- Le nouveau DPE remplace juridiquement l'ancien.
Pour un bailleur possédant un ou plusieurs biens chauffés à l'électricité, refaire le DPE avant toute vente, location ou renouvellement de bail est un réflexe désormais incontournable.
Effets sur le marché de la vente
La réforme redonne du souffle à un pan du marché immobilier ancien. Trois conséquences observables depuis janvier 2026 :
- Baisse de la décote "passoire thermique" : elle passe de 8-15 % sur les biens F en 2025 à 5-10 % en 2026 pour les biens désormais reclassés E ;
- Fluidité retrouvée sur les studios électriques parisiens et lyonnais qui étaient massivement stockés depuis 2023 ;
- Négociations plus faciles sur les maisons individuelles avec chauffage électrique moderne — qui peuvent désormais afficher un DPE de classe D ou E défendable.
Les critiques et limites de la réforme
La réforme n'est pas exempte de contestations :
- Certaines associations environnementales dénoncent un "verdissement artificiel" du parc immobilier sans travaux réels d'amélioration énergétique ;
- Les logements chauffés au gaz ou au fioul ne bénéficient pas de la réforme (leur coefficient est inchangé) ;
- La réforme peut ralentir les incitations à la rénovation véritable si le bien est déjà "classé" administrativement.
Le gouvernement défend la mesure au nom de la "vérité énergétique" : refléter le mix français réel plutôt qu'un calcul artificiel pénalisant l'électricité.
Ce qui reste inchangé
Malgré la réforme, plusieurs règles restent identiques :
- Le gel des loyers pour F et G depuis le 24 août 2022 s'applique tant que le DPE n'a pas été actualisé ;
- Les obligations d'audit énergétique en cas de vente d'un F ou G restent en vigueur ;
- Le régime MaPrimeRénov' 2026 (parcours d'ampleur ouvert à tous, ITE et ITI exclues du parcours par geste) est indépendant de la réforme du calcul du DPE.
Notre conseil
- Aux bailleurs de biens chauffés à l'électricité : refaire un DPE en 2026 avant toute mise en location ou renouvellement de bail. Le reclassement peut suffire à débloquer un bien précédemment F.
- Aux vendeurs : refaire un DPE avant la mise en vente peut significativement améliorer l'attractivité du bien et réduire la décote de négociation.
- Aux acheteurs : vérifier la date du DPE annexé au bien. S'il est antérieur au 1er janvier 2026, demander sa mise à jour avant l'offre — un reclassement en E peut changer la donne.
Sources
Photo : Frank Chan — Unsplash