Estimation indicative fondée sur des prix affichés. Elle ne constitue ni un avis de valeur ni une expertise au sens de la loi Hoguet.
La facture d'électricité est repartie à la hausse le 1er août. La Commission de régulation de l'énergie (CRE) a proposé le 16 juillet 2026 une évolution du niveau moyen des tarifs réglementés de vente d'électricité (TRVE) de + 2,5 % TTC, soit + 5,98 € TTC/MWh par rapport aux tarifs alors en vigueur. Pour un foyer moyen consommant 4,5 MWh par an, la facture annuelle passe de 1 046 € TTC à 1 072 € TTC : environ 26 € de plus sur l'année. Une hausse modérée en apparence — mais son origine mérite d'être comprise, parce qu'elle ne concerne pas le prix de l'électricité produite, et qu'elle ne se répartit pas de la même façon entre un propriétaire, un locataire et une copropriété.
Le tarif réglementé n'est pas un prix unique : c'est un empilement de briques. Celle qui a bougé cet été n'est pas la brique « énergie » mais celle du réseau.
La conséquence pratique est importante : cette hausse touche tous les consommateurs raccordés, quel que soit leur fournisseur, puisque le TURPE est une composante universelle. Un ménage en offre de marché ne verra pas nécessairement sa facture bouger le 1er août — cela dépend des clauses d'indexation de son contrat — mais la charge finira par lui être répercutée.
Au 31 mars 2026, 19,37 millions de clients résidentiels avaient souscrit un contrat au tarif réglementé en France métropolitaine continentale, selon la CRE. C'est la moitié environ du parc de logements français : autrement dit, un propriétaire bailleur a statistiquement une chance sur deux d'avoir un locataire au tarif bleu, et une copropriété une chance sur deux d'y avoir souscrit pour ses parties communes.
Les autres — clients en offre de marché — ne sont pas épargnés sur le fond. Le TURPE est une composante de la facture qui s'applique indépendamment du fournisseur choisi : changer d'offre permet d'agir sur la brique fourniture, pas sur la brique acheminement.
C'est le point aveugle de cette hausse. L'électricité des parties communes — éclairage des halls et cages d'escalier, ascenseurs, ventilation mécanique contrôlée, portails, pompes de relevage, chaufferie collective si elle est électrique — est une charge de copropriété, et elle est en très large part récupérable sur le locataire au titre du décret n° 87-713 du 26 août 1987.
Or les provisions pour charges appelées en 2026 ont, dans la plupart des immeubles, été votées en assemblée générale sur la base des consommations et des tarifs de 2025. Une hausse tarifaire en cours d'exercice ne modifie pas les appels de fonds : elle se matérialise à la régularisation annuelle, souvent au premier semestre suivant. Les bailleurs qui refacturent des provisions calées sur les anciens tarifs s'exposent à un rattrapage désagréable — pour eux comme pour leur locataire. Nous avons détaillé le mécanisme, la liste limitative et les justificatifs opposables dans notre guide 2026 des charges récupérables, et la mécanique de répartition en copropriété dans cet article sur les charges de copropriété.
Le réflexe utile, pour un bailleur : reprendre le dernier décompte de charges, isoler la ligne électricité des communs, et vérifier si la provision mensuelle appelée au locataire absorbe une hausse de 2,5 % sur ce poste. Si l'écart est faible, il n'y a rien à faire. S'il ne l'est pas, un ajustement de provision — annoncé et justifié — évite une régularisation à trois chiffres l'an prochain.
Il existe une situation où le propriétaire ne peut rien répercuter, et elle concerne un pan croissant du marché locatif. En location meublée de résidence principale, le bail peut prévoir un forfait de charges plutôt que des provisions avec régularisation. Ce forfait, versé simultanément au loyer, ne donne lieu à aucune régularisation annuelle : il ne peut être révisé qu'aux mêmes échéances et dans les mêmes conditions que le loyer lui-même.
Conséquence directe : un bailleur en meublé qui a calé son forfait de charges sur les tarifs de 2025 absorbe intégralement la hausse du 1er août jusqu'à la prochaine échéance de révision du bail. La même logique vaut pour les baux mobilité et pour les colocations à forfait. C'est un point à intégrer au moment de fixer le forfait — et une raison de plus, pour les locations meublées où l'électricité est comprise, de vérifier que le montant retenu couvre encore la consommation réelle du logement.
Le chauffage électrique est surreprésenté dans les petites surfaces et dans les logements construits à partir du milieu des années 1970 — précisément le cœur du parc locatif de rapport. Pour ces logements, la hausse du 1er août se cumule à une réalité structurelle : un convecteur électrique dans un logement mal isolé produit des factures d'hiver que ni le propriétaire ni le locataire ne maîtrisent.
Symétriquement, le prix repère de vente du gaz publié par la CRE recule d'environ 0,8 % en août 2026. L'écart entre les deux énergies se resserre donc par le haut côté électricité — mais sans remettre en cause l'orientation générale des politiques publiques, qui continuent de subventionner la sortie des chaudières fossiles. Le durcissement du Coup de pouce Chauffage au 1er septembre 2026 en est la dernière illustration : la prime CEE se referme sur les pompes à chaleur installées sans agrément.
Une confusion revient à chaque mouvement tarifaire, et il faut la lever. Le prix du kWh n'entre pas dans le calcul de l'étiquette énergie. Le DPE repose sur une consommation conventionnelle exprimée en énergie primaire et sur un coefficient de conversion — passé de 2,3 à 1,9 pour l'électricité au 1er janvier 2026, ce qui avait fait sortir environ 850 000 logements du statut de passoire. Une hausse de 2,5 % du tarif réglementé ne fait donc perdre aucune classe à personne.
En revanche, le DPE affiche aussi une fourchette de dépenses annuelles d'énergie, construite à partir de prix conventionnels périodiquement actualisés. Cette estimation-là suivra les hausses, avec le décalage propre aux mises à jour réglementaires. Concrètement : un diagnostic réalisé l'an prochain sur un logement identique affichera un coût annuel plus élevé qu'un diagnostic de 2025, à étiquette inchangée. Pour un vendeur, c'est un argument à anticiper en visite ; pour un acheteur, un chiffre à relativiser, puisqu'il ne dit rien de la performance intrinsèque du bien.
Trois vérifications simples, à faire avant la première facture de chauffage :
Un dernier point de calendrier : la prochaine étape tarifaire d'ampleur interviendra au 1er février 2027, date habituelle du mouvement annuel des TRVE. D'ici là, la variable réellement pilotable côté logement reste l'isolation, pas le contrat de fourniture.
Photo : Jon Moore — Unsplash — compteur électrique
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