Estimation indicative fondée sur des prix affichés. Elle ne constitue ni un avis de valeur ni une expertise au sens de la loi Hoguet.
Un bien reçu en héritage à trois, un appartement resté commun après une séparation, une maison de famille que personne ne veut vendre mais que personne n'entretient : l'indivision est le régime par défaut de la propriété partagée en France, et l'une des premières sources de blocage patrimonial. Le code civil pose pourtant un principe clair à l'article 815 : « Nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision ». Encore faut-il savoir par quelle porte sortir. La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026, publiée au Journal officiel du 8 avril et entrée en vigueur le 9 avril 2026, a précisément été adoptée pour débloquer les situations les plus enlisées. Ce guide fait le point sur les cinq voies de sortie, leur coût, leurs délais et leurs pièges.
L'indivision naît sans formalité : au décès d'un propriétaire, ses héritiers deviennent indivisaires de plein droit ; à l'achat à deux sans société ni régime matrimonial adapté, les acquéreurs le sont également. Chaque indivisaire détient une quote-part abstraite — un pourcentage — et non une partie physiquement identifiée du bien.
Les règles de décision, issues de la réforme de 2006, se répartissent en trois niveaux :
C'est cette règle de l'unanimité qui crée les impasses : un seul indivisaire, même minoritaire, peut bloquer une vente. Deux autres notions sont indispensables à connaître avant toute négociation :
Quand tous les indivisaires sont d'accord et capables juridiquement, le partage amiable est la solution la plus simple, la plus rapide et la moins coûteuse. Il se matérialise par un acte notarié obligatoire dès qu'un bien immobilier figure dans la masse, l'acte devant être publié au service de la publicité foncière.
Le partage peut prendre plusieurs formes : attribution du bien à l'un des indivisaires avec versement d'une soulte aux autres, vente du bien et répartition du prix, ou répartition de plusieurs biens entre les indivisaires. Le partage a un effet déclaratif : l'attributaire est réputé avoir été propriétaire du bien depuis l'origine de l'indivision, et non depuis le partage — une règle qui a des conséquences importantes en matière de plus-value.
Le coût principal est le droit de partage, fixé à 2,5 % de l'actif net partagé. Un taux réduit à 1,1 % existe, mais son champ est plus étroit qu'on ne le croit souvent : il s'applique aux partages consécutifs à une dissolution du mariage ou d'un PACS, et non aux partages successoraux ni aux licitations. S'y ajoutent les émoluments du notaire et les frais de publicité foncière.
Un indivisaire peut vendre sa seule quote-part à un tiers sans l'accord des autres. Mais l'article 815-14 du code civil encadre strictement l'opération : il doit notifier aux autres indivisaires le prix, les conditions de la cession et l'identité de l'acquéreur. Ceux-ci disposent alors d'un délai d'un mois pour exercer leur droit de préemption et se substituer à l'acheteur, puis d'un délai supplémentaire pour réaliser l'acte.
En pratique, cette voie fonctionne mal seule : peu d'acquéreurs extérieurs acceptent d'acheter une quote-part indivise, dont la revente est difficile et qui expose à des conflits avec les autres indivisaires. Elle sert le plus souvent de moyen de pression : la notification formelle rappelle aux autres indivisaires qu'un tiers pourrait entrer dans l'indivision, et débloque parfois une négociation amiable enlisée.
Créée par la loi du 12 mai 2009, cette procédure permet de contourner l'unanimité. Les indivisaires titulaires d'au moins deux tiers des droits indivis peuvent exprimer devant notaire leur intention de vendre le bien. Le notaire notifie cette intention aux autres indivisaires ; ceux-ci disposent d'un délai de trois mois pour s'y opposer. En l'absence d'opposition — ou en cas d'opposition jugée non fondée —, le tribunal judiciaire peut autoriser l'aliénation, réalisée alors par licitation, c'est-à-dire par vente aux enchères.
Deux limites importantes : la procédure ne s'applique pas lorsque la propriété est démembrée entre usufruitier et nu-propriétaire — situation fréquente lorsque le conjoint survivant a opté pour l'usufruit, que nous détaillons dans notre guide sur l'usufruit et la nue-propriété — ni lorsque l'un des indivisaires fait l'objet d'une mesure de protection ou est présumé absent.
La loi du 7 avril 2026 est intervenue précisément sur ce terrain. Son article 6 clarifie et sécurise la procédure notariée permettant aux indivisaires représentant au moins deux tiers des droits de déclarer devant notaire leur intention d'aliéner ou de partager le bien, en formalisant les obligations de notification et de publication — un mois pour la phase notariale, trois mois de délai d'opposition — avant l'éventuelle phase judiciaire. Le texte prévoit également la purge des droits de préemption susceptibles de s'appliquer (coïndivisaires, SAFER, collectivités).
Quand aucun accord n'est possible, tout indivisaire peut saisir le tribunal judiciaire pour obtenir le partage. Le juge peut ordonner le partage en nature si le bien est divisible, ou la licitation — la vente aux enchères — quand il ne l'est pas, ce qui est le cas de la plupart des logements. Le prix est ensuite réparti selon les quotes-parts, déduction faite des indemnités d'occupation et des dépenses de conservation.
C'est la voie la plus longue et la plus coûteuse : comptez généralement plusieurs années, entre expertise, tentatives de conciliation et mise aux enchères. Le prix obtenu en licitation est par ailleurs souvent inférieur à celui d'une vente de gré à gré, ce qui pénalise l'ensemble des indivisaires — y compris celui qui a déclenché la procédure.
La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 a substantiellement retouché ce volet. Ses apports principaux :
Un décret d'application doit préciser les modalités procédurales et les compétences judiciaires ; il est attendu avant la fin 2026. D'ici là, la prudence commande de faire vérifier par un notaire ou un avocat quelle version de la procédure s'applique à votre dossier.
Sortir n'est pas toujours souhaitable — notamment quand le bien a une valeur affective ou qu'il produit des revenus. Deux outils permettent alors de stabiliser la situation :
Ces deux solutions relèvent de la même logique que le choix du régime de détention au moment de l'achat, que nous avons traité dans notre article sur l'achat en couple : indivision, mariage, PACS ou SCI. Une indivision bien organisée dès le départ évite l'essentiel des contentieux ultérieurs.
Trois prélèvements doivent être chiffrés avant de choisir sa voie de sortie :
Lorsque l'indivision résulte d'une succession, une réflexion en amont sur la transmission évite souvent d'en arriver là : la donation-partage reste l'outil le plus efficace pour répartir un patrimoine immobilier du vivant du donateur et prévenir l'indivision subie.
Un dernier conseil, souvent décisif : le temps travaille rarement en faveur des indivisaires. Un bien non entretenu se déprécie, les charges continuent de courir et les positions se durcissent. Engager la discussion tôt, avec des chiffres établis plutôt que des estimations affectives, reste le meilleur moyen d'éviter la licitation — dont personne ne sort réellement gagnant.
Photo : Zulfugar Karimov — Unsplash — deux clés réunies dans une main
Vous devez posséder un compte Zimo pour utiliser cette fonctionnalité.
Pas encore de compte ? S'inscrire