Estimation indicative fondée sur des prix affichés. Elle ne constitue ni un avis de valeur ni une expertise au sens de la loi Hoguet.
Il existe depuis longtemps un emprunt collectif en copropriété. Il ne servait presque à rien : il supposait l'accord individuel de chaque copropriétaire souhaitant y participer, si bien qu'un immeuble ne pouvait jamais financer la totalité de ses travaux par cette voie. La loi du 9 avril 2024 sur l'habitat dégradé a créé un second dispositif, dit emprunt collectif à adhésion automatique, qui renverse la logique : dès lors qu'il est voté en assemblée générale, tous les copropriétaires y participent — sauf ceux qui s'y opposent expressément et paient comptant.
Ce mécanisme est resté théorique pendant près de deux ans, faute de textes d'application. Le dernier d'entre eux, le décret n° 2025-1292 du 22 décembre 2025, publié au Journal officiel du 24 décembre et entré en vigueur le lendemain, a complété l'édifice. Les assemblées générales de cet automne sont donc les premières à se tenir avec un cadre juridique complet — au moment précis où beaucoup de copropriétés doivent voter les travaux issus de leur plan pluriannuel et de leur DPE collectif.
Trois différences le séparent de l'emprunt collectif classique.
La majorité de vote. L'emprunt est adopté à la même majorité que celle requise pour voter les travaux qu'il finance. C'est le changement le plus structurant : auparavant, l'unanimité était en pratique nécessaire pour engager l'ensemble des copropriétaires. Désormais, si les travaux passent, le financement passe avec eux.
L'adhésion par défaut. Tous les copropriétaires participent à l'emprunt et remboursent leur quote-part via les appels de charges, sans avance de fonds individuelle. C'est l'inverse du système antérieur, où il fallait se déclarer volontaire.
La durée. Le décret du 25 juillet 2025 fixe la durée maximale du prêt à 25 ans. Sur une rénovation énergétique lourde, cet étalement change radicalement le montant de l'appel de fonds mensuel supporté par chaque lot.
Le dispositif n'est pas ouvert à n'importe quelle dépense. Selon l'ANIL, il vise les catégories suivantes :
L'emprunt couvre le coût des travaux non couvert par les fonds déjà détenus par le syndicat — autrement dit, le fonds de travaux vient en déduction — ou le coût des travaux éligibles à l'éco-PTZ copropriété.
C'est le point que tout copropriétaire doit connaître, parce qu'il court après le vote et que le silence vaut adhésion.
Le copropriétaire qui ne veut pas s'endetter dispose d'un délai de deux mois à compter de la notification du procès-verbal de l'assemblée générale pour notifier son refus. Il doit ensuite verser la totalité de sa quote-part du coût des travaux dans un délai de six mois. À défaut de ce paiement intégral, il participe à l'emprunt collectif — son refus initial devient sans effet.
Deux conséquences pratiques en découlent. D'abord, la date de notification du procès-verbal devient une date à surveiller : c'est elle qui déclenche le compte à rebours, et non celle de la tenue de l'assemblée. C'est aussi ce qui rend décisive la question de savoir comment cette notification vous parvient — depuis le même décret du 22 décembre 2025, la voie électronique est devenue la règle et le courrier postal l'exception. Un copropriétaire qui ne consulte pas la boîte électronique déclarée peut laisser filer les deux mois sans s'en apercevoir.
Ensuite, l'arbitrage est financier et personnel : payer comptant sa quote-part suppose de disposer de la trésorerie, mais évite le coût du crédit sur une durée qui peut atteindre vingt-cinq ans. À l'inverse, participer à l'emprunt lisse la dépense sans mobiliser d'épargne. Aucune des deux options n'est la bonne dans l'absolu.
Le syndic est tenu de communiquer à l'établissement prêteur l'identité et l'adresse de l'ensemble des copropriétaires — y compris de ceux qui ne souhaitent pas souscrire, lesquels doivent donc formaliser leur opposition.
Le décret du 22 décembre 2025 modifie par ailleurs le contrat-type de syndic pour y prévoir la possibilité d'une rémunération complémentaire au titre de la gestion de l'emprunt collectif. C'est un poste de dépense à examiner explicitement avant le vote : il n'est pas inclus dans le forfait de base et doit figurer au contrat.
Côté sécurisation du prêteur, un cautionnement solidaire sans franchise ni délai de carence est prévu, à hauteur de 80 % des pertes, pour les emprunts souscrits dans le cadre d'un plan de sauvegarde, d'une OPAH ou d'une ORCOD — les dispositifs applicables aux copropriétés en difficulté.
La conjonction avec le calendrier des obligations de travaux n'est pas fortuite. Beaucoup de copropriétés abordent la saison des assemblées avec deux documents neufs sur la table.
Le premier est le plan pluriannuel de travaux, désormais exigé de l'ensemble des copropriétés de plus de quinze ans, qui chiffre sur dix ans les travaux nécessaires. Le second est le DPE collectif, obligatoire depuis le 1er janvier 2026 y compris pour les copropriétés de moins de cinquante lots. Ces deux documents produisent des devis ; l'emprunt collectif est l'instrument qui permet de les voter sans exiger de chaque copropriétaire un chèque immédiat.
Il se combine enfin avec les aides existantes : MaPrimeRénov' Copropriété finance jusqu'à 45 % du montant des travaux dans la limite de 25 000 € par lot. L'emprunt ne porte alors que sur le reste à charge, ce qui réduit d'autant la durée et le coût du crédit.
En cas de doute sur une situation concrète, l'ADIL du département renseigne gratuitement les copropriétaires.
Photo : façades et balcons d'immeubles d'habitation — Rachel Calvo sur Unsplash.
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