Estimation indicative fondée sur des prix affichés. Elle ne constitue ni un avis de valeur ni une expertise au sens de la loi Hoguet.
C'est l'une des obligations les plus anciennes du logement collectif, et l'une des plus mal appliquées. Depuis dix ans, un immeuble équipé d'un chauffage collectif doit en principe mesurer ce que chaque logement consomme réellement, et répartir la facture en conséquence. La saison de chauffe qui s'ouvre est la dernière avant une échéance nette : au 1er janvier 2027, les appareils installés devront tous permettre le relevé à distance. Les assemblées générales de rentrée sont donc le dernier créneau confortable pour voter la mise en conformité — sachant que la sanction, elle, existe déjà et qu'elle se compte par logement.
Le principe est posé par l'article 26 de la loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte, et détaillé aux articles R. 241-6 et suivants du code de l'énergie. Il vise les immeubles collectifs à usage d'habitation — copropriétés comme immeubles de rapport détenus par un bailleur unique — dotés d'une installation de chauffage commune, ou raccordés à un réseau de chaleur.
L'obligation comporte deux volets qu'on confond souvent :
Un point pratique est fréquemment oublié : les robinets thermostatiques doivent être posés sur les émetteurs avant les appareils de mesure. Compter sans permettre de régler n'aurait aucun sens — un occupant ne peut être facturé sur une consommation qu'il n'a pas les moyens de piloter.
Tous les immeubles ne sont pas concernés. Le critère est la consommation de chauffage rapportée à la surface habitable :
Ce seuil n'a rien d'anecdotique. Un immeuble correctement isolé, ou raccordé à un réseau performant, peut passer sous les 80 kWh/m² et sortir définitivement du dispositif. À l'inverse, une copropriété des années 1960 à chauffage collectif au gaz se situe très souvent entre 120 et 200 kWh/m². Avant de voter quoi que ce soit, la première dépense utile est donc le calcul de cette consommation de référence : c'est lui qui détermine si la copropriété doit agir ou peut s'abstenir.
Le code de l'énergie admet que l'obligation puisse être écartée dans deux hypothèses, auxquelles s'ajoutent des exclusions de plein droit (logements-foyers, établissements d'hôtellerie) :
Dans les deux cas, la dérogation ne se présume pas : le syndic ou le propriétaire doit établir une note justifiant l'impossibilité technique ou le coût excessif, et la conserver. C'est cette note, et elle seule, qui sera opposée en cas de contrôle. Une copropriété qui « sait » qu'elle est dérogatoire mais n'a jamais fait établir le document se retrouve, sur le papier, dans la même situation qu'une copropriété qui n'a rien fait.
Une fois les appareils posés, la facture ne devient pas intégralement individuelle. La réglementation impose un partage :
Cette part commune n'est pas une concession : elle corrige les effets de situation. Un logement en dernier étage, sous toiture, ou en pignon nord, consomme mécaniquement davantage qu'un logement enclavé au cœur de l'immeuble, à confort égal. Sans part fixe, l'individualisation reviendrait à faire payer la géométrie du bâtiment à ses occupants. Les frais d'entretien et de relevé des appareils, eux, suivent la répartition prévue par le règlement de copropriété ou le bail.
Le volet le moins connu est aussi celui qui bouge le plus. Le décret n° 2020-886 du 20 juillet 2020, relatif aux modalités d'accès aux informations de consommation et de facturation dans les immeubles collectifs dotés de dispositifs d'individualisation et dans les immeubles raccordés à un réseau de chaleur, a transformé une obligation de comptage en obligation d'information continue.
Concrètement, les occupants doivent recevoir une évaluation de leur consommation au moins deux fois par an. Et lorsque les appareils sont télérelevables, cette information devient quasi mensuelle pendant la saison de chauffe : le relevé cesse d'être un décompte annuel découvert au moment de la régularisation, pour devenir un signal utilisable en cours d'hiver.
C'est là que se situe l'échéance à retenir. Au 1er janvier 2027, l'ensemble des appareils installés devront permettre le relevé à distance. Une copropriété qui ferait poser aujourd'hui des répartiteurs à relevé visuel — moins chers à l'achat — s'exposerait donc à devoir les remplacer dans quinze mois. C'est l'argument décisif à porter en assemblée générale : le sujet n'est plus « faut-il individualiser ? », mais « avec quel matériel, pour ne pas payer deux fois ? ».
La sanction est administrative et progressive. L'autorité administrative met d'abord le syndic ou le propriétaire en demeure de se conformer dans un délai déterminé. À défaut de réponse ou de mise en conformité dans ce délai, elle peut prononcer une amende pouvant atteindre 1 500 € par logement et par an, renouvelable tant que l'immeuble n'est pas en règle.
L'ordre de grandeur mérite d'être posé : pour une copropriété de quarante logements, le plafond théorique atteint 60 000 € par an — soit davantage, dans bien des cas, que le coût complet de l'installation qu'il s'agissait d'éviter. C'est une sanction qui vise le syndicat des copropriétaires, donc, in fine, chaque copropriétaire au prorata de ses tantièmes.
La décision d'équiper l'immeuble relève de la majorité simple de l'article 24 de la loi du 10 juillet 1965 : celle des voix exprimées des copropriétaires présents ou représentés. C'est la majorité la plus accessible, et elle place la question dans le régime ordinaire des travaux votés en assemblée générale.
Pour une AG de rentrée, l'ordre du jour utile tient en quatre points : faire établir la consommation de référence en kWh/m²SHAB ; si elle dépasse 80, demander deux ou trois devis intégrant explicitement le télérelevé ; à défaut, faire rédiger la note de dérogation et l'annexer au procès-verbal ; enfin, vérifier la cohérence avec le plan pluriannuel de travaux, puisque l'isolation votée demain peut faire passer l'immeuble sous le seuil et rendre l'installation superflue.
Côté locataires, l'individualisation change la nature du poste chauffage sans changer sa qualification : il reste une charge récupérable, mais son montant devient propre à chaque logement. La régularisation annuelle doit refléter les relevés individuels, et le décompte doit être justifiable ligne à ligne — un point qui relève des règles générales exposées dans notre guide des charges récupérables.
Enfin, pour un acquéreur, la question mérite d'être posée avant l'offre. Une copropriété à chauffage collectif non individualisée et située au-dessus du seuil porte une dépense latente, au même titre qu'un ravalement non provisionné. Cela se vérifie dans les procès-verbaux d'assemblée générale des trois dernières années, et cela se négocie — un réflexe utile quand on compare des appartements à vendre dans des immeubles d'époques différentes, ou qu'on arbitre entre collectif ancien et maison individuelle.
Photo : radiateur en fonte sous une fenêtre à châssis bois — Julian Hochgesang sur Unsplash.
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