Estimation indicative fondée sur des prix affichés. Elle ne constitue ni un avis de valeur ni une expertise au sens de la loi Hoguet.
C'est une révolution silencieuse, votée dans un texte que personne n'aurait pensé à ouvrir en cherchant du droit immobilier. La loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, publiée au Journal officiel du 26 juin 2026, a créé un article 1865-1 du Code civil. Depuis son entrée en vigueur, le lendemain de la publication, une cession de parts de société civile immobilière rédigée par les associés eux-mêmes, sur un modèle trouvé en ligne, n'est plus seulement risquée : elle est nulle.
Deux mois plus tard, la mesure reste largement ignorée des associés de SCI familiales, qui sont pourtant les premiers concernés. Le sujet reviendra sur la table à la rentrée : le 122e Congrès des notaires de France, qui se tiendra à Lille du 30 septembre au 2 octobre 2026 sur le thème « Le notaire et l'impôt », en fera un cas d'école.
Le mécanisme est simple, et sa sanction brutale. Toute cession de parts sociales ou d'actions d'une personne morale à prépondérance immobilière doit désormais être constatée par l'un de ces trois actes, et par aucun autre :
Le point commun de ces trois professionnels : ils sont tous assujettis aux obligations de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT). C'est toute la logique du texte. Le législateur ne cherche pas à compliquer la vie des familles ; il veut qu'un tiers soumis à déclaration de soupçon regarde passer chaque transfert de titres immobiliers.
La sanction est la nullité de la cession. Pas une amende, pas une régularisation : l'acte n'a jamais produit d'effet. S'y ajoute une seconde barrière, fiscale cette fois : l'article 635-0 A du Code général des impôts, créé par la même loi, ferme la porte de l'enregistrement à un acte qui ne respecterait pas ces formes. Sans enregistrement, pas d'opposabilité aux tiers, pas de mise à jour propre au greffe, pas de preuve fiscale de la date.
La notion de société à prépondérance immobilière renvoie à l'article 726, I, 2° du Code général des impôts : une société non cotée dont plus de la moitié de l'actif, en valeur réelle, est composée d'immeubles ou de droits immobiliers situés en France.
Trois précisions comptent, parce qu'elles piègent :
En pratique, l'écrasante majorité des SCI familiales détenant un ou deux biens tombe dans le champ. C'est précisément la population qui, jusqu'ici, rédigeait ses cessions elle-même.
Le schéma classique de la SCI familiale était rodé. Les parents créent une SCI, y logent un immeuble locatif, puis transmettent progressivement des parts aux enfants — par donation, ou par cession à prix d'ami. Chaque année, un acte de deux pages, signé au coin de la table, enregistré au service des impôts, une mention au registre des mouvements de titres, et l'affaire était réglée pour quelques centaines d'euros.
Ce schéma est mort le 26 juin 2026. Et il l'est de manière rétroactive dans ses effets pratiques : une cession réalisée depuis cette date sur un modèle sous seing privé est nulle, la nullité pouvant être invoquée par toute personne intéressée. Un associé mécontent, un héritier écarté, un créancier, l'administration fiscale. La nullité peut donc resurgir dix ans plus tard, au moment où le patrimoine se dénoue — c'est-à-dire au pire moment.
Il faut mesurer ce que cela signifie pour une famille : si la cession est annulée, les parts n'ont jamais quitté le cédant. La stratégie de transmission construite sur quinze ans se détricote, avec un effet en cascade sur les droits de succession, sur l'assiette de l'IFI et sur la répartition entre héritiers.
Beaucoup d'associés redoutent une explosion des frais. La réalité est plus nuancée, parce que le poste principal n'a pas bougé : la fiscalité de la cession elle-même.
Les cessions de participations dans des personnes morales à prépondérance immobilière restent taxées au droit d'enregistrement de 5 % prévu à l'article 726, I, 2° du CGI, calculé sur le prix ou la valeur réelle des parts. C'est ce taux — et non les honoraires — qui pèse. À titre de comparaison, une vente directe de l'immeuble supporterait des droits de mutation à titre onéreux voisins de 5,81 %, portés jusqu'à environ 6,32 % dans les départements ayant activé la majoration temporaire de 0,5 point.
Ce qui s'ajoute, c'est l'intervention obligatoire du rédacteur. Les honoraires d'un acte d'avocat ou d'un acte notarié pour une cession de parts se négocient et varient fortement selon la complexité du dossier : il n'existe pas de tarif unique, et il est prudent de demander un devis écrit avant de s'engager. Le surcoût réel est celui d'un conseil — que beaucoup de familles auraient d'ailleurs eu intérêt à prendre bien avant 2026.
Une dernière remarque, qui n'est pas anodine. Cette réforme n'est pas isolée : elle s'inscrit dans un mouvement de fond de traçabilité de la détention immobilière indirecte, dont relève aussi la montée en charge de la facturation électronique pour les SCI assujetties à la TVA. La SCI n'est plus l'objet discret qu'elle a longtemps été.
Photo d'illustration : signature d'un document — Cytonn Photography sur Unsplash.
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