Estimation indicative fondée sur des prix affichés. Elle ne constitue ni un avis de valeur ni une expertise au sens de la loi Hoguet.
Ajouter un étage à un immeuble existant est l'une des rares opérations qui crée de la valeur sans consommer de foncier. Pour une copropriété, c'est aussi un moyen de financer une rénovation lourde : on vend le droit de construire, on encaisse, on refait la toiture et la façade. L'opération est encadrée par deux articles de la loi du 10 juillet 1965 — les articles 35 et 36 — et elle vient d'être clarifiée par un arrêt remarqué de la Cour de cassation.
C'est le principe fondateur, et il surprend souvent. Le droit de surélever n'appartient ni au propriétaire du dernier étage, ni au propriétaire des combles, ni même à celui qui possède la totalité d'un bâtiment : il appartient au syndicat des copropriétaires.
La Cour de cassation l'a rappelé le 2 avril 2026 (3e chambre civile, pourvoi n° 24-15.059, publié au Bulletin) dans une affaire instructive. Une SCI détenait l'intégralité d'un bâtiment au sein d'une copropriété de quatre bâtiments, ainsi que toutes les parties communes spéciales de ce bâtiment. Elle a soumis un projet de surélévation de la toiture-terrasse à l'assemblée générale, essuyé un refus, puis engagé les travaux malgré tout.
La Cour a tranché contre elle. La toiture et le gros œuvre sont des parties communes par nature : détenir les parties communes spéciales d'un bâtiment ne confère aucun droit unilatéral de le surélever, sauf stipulation expresse du règlement de copropriété. Le silence du règlement ne vaut pas autorisation. Sanction : remise en état des lieux sous astreinte, dépens et 3 000 € d'indemnité.
À retenir : même si vous possédez tout le bâtiment, vous devez passer par l'assemblée générale.
Que le syndicat construise ou qu'il cède son droit, la décision se prend à la majorité de l'article 26 : la majorité des membres du syndicat représentant au moins les deux tiers des voix. C'est une double majorité — en nombre de copropriétaires et en tantièmes.
Deux cas particuliers :
Point capital : depuis la loi ALUR du 24 mars 2014, les copropriétaires du dernier étage n'ont plus de droit de veto. Avant cette réforme, leur accord unanime était requis, ce qui bloquait presque toutes les opérations. Ils conservent en revanche deux protections, ci-dessous.
L'article 35 leur réserve un droit de priorité, qui joue aussi bien lors de la vente par le syndicat des locaux privatifs créés qu'en cas de cession du droit de surélévation.
Le mécanisme est celui d'une offre préalable :
Omettre cette notification est l'erreur la plus fréquente, et la plus coûteuse : elle fragilise la vente.
L'article 36 ouvre un droit à indemnité aux copropriétaires qui subissent un préjudice du fait des travaux. Trois préjudices sont visés :
Deux règles de répartition à connaître :
En pratique, ce poste se négocie en amont : un promoteur sérieux le chiffre et le provisionne dans son offre. Une copropriété qui ne l'anticipe pas découvre l'addition après le vote.
Le vote en assemblée générale ne fait que lever l'obstacle de droit privé. Il reste l'autorisation d'urbanisme, et c'est là que beaucoup de projets s'éteignent :
Le réflexe utile : faire vérifier la faisabilité par un architecte avant de convoquer l'assemblée générale. Un vote positif sur un projet irréalisable coûte une AG pour rien.
Bien menée, l'opération finance des travaux qu'une copropriété n'aurait pas votés autrement, et améliore souvent l'immeuble au passage — toiture neuve, isolation, parfois ascenseur. Elle suppose en revanche une assemblée générale capable de réunir la double majorité de l'article 26, ce qui n'est pas acquis : c'est la même mécanique de vote que pour les travaux lourds, avec les mêmes difficultés de quorum.
Avant de vous lancer, assurez-vous de maîtriser le déroulement et les majorités de l'assemblée générale et la mécanique du budget et des charges : la surélévation redistribue les tantièmes, donc les charges de tout le monde. Le conseil syndical est en général le bon pilote pour instruire le dossier en amont.
Photo : immeuble et toits parisiens — Louis Paulin sur Unsplash.
Vous devez posséder un compte Zimo pour utiliser cette fonctionnalité.
Pas encore de compte ? S'inscrire