Estimation indicative fondée sur des prix affichés. Elle ne constitue ni un avis de valeur ni une expertise au sens de la loi Hoguet.
C'est un conflit professionnel qui pourrait avoir des conséquences très concrètes pour 11 millions de logements. L'ANGC (Association nationale des gestionnaires de copropriété) et Syndic France ont lancé un appel commun au boycott immédiat du registre national d'immatriculation des copropriétés, tenu sous l'égide du ministère chargé du logement et de l'Anah. Le mot d'ordre : suspendre la mise à jour des données tant que deux revendications ne sont pas satisfaites.
Le motif immédiat de la colère est un texte de l'été : l'arrêté du 23 juin 2026, publié au Journal officiel du 19 juillet, qui élargit encore la liste des informations à déclarer. Il vient après un décret du 19 août 2025 qui avait déjà étendu le périmètre déclaratif. Dans les deux cas, sans contrepartie financière.
Les deux organisations ne contestent pas l'existence du registre. Elles contestent la mécanique : l'État confie à une profession privée une mission de collecte, de vérification et de mise à jour annuelle de données publiques, et ne la rémunère pas pour cela. Leurs revendications sont explicites :
Le registre couvre aujourd'hui environ 760 000 copropriétés, soit de l'ordre de 11 millions de logements. L'ordre de grandeur explique la tension : ce n'est pas une formalité marginale, c'est un travail annuel de saisie sur un parc considérable.
L'arrêté du 23 juin 2026 n'entre pas en vigueur tout de suite : ses effets sont programmés pour janvier 2028. Il ajoute notamment à la déclaration :
Sur le principe, cette montée en précision a une logique : elle transforme le registre en outil de pilotage de la rénovation du parc collectif. Sur le terrain, elle suppose que quelqu'un saisisse, vérifie et actualise ces informations chaque année, immeuble par immeuble. C'est exactement le point de friction. La question du plan pluriannuel de travaux, en particulier, se pose déjà dans les assemblées générales de cette rentrée.
C'est le point que tout conseil syndical doit avoir en tête. L'obligation d'immatriculation et de mise à jour ne pèse pas juridiquement sur le gestionnaire : elle pèse sur le syndicat des copropriétaires. Le syndic l'exécute au nom du syndicat, mais c'est l'immeuble qui est sanctionné en cas de défaillance.
Le mécanisme est prévu par l'article L. 711-6 du code de la construction et de l'habitation : l'Anah met en demeure le syndicat de se conformer à l'obligation ; à défaut de régularisation dans le délai imparti, une astreinte peut être appliquée jusqu'à l'immatriculation effective. Son montant ne peut excéder 20 € par lot et par semaine de retard. Le texte précise que cette astreinte ne peut pas être répercutée sur les copropriétaires par le syndic — sauf lorsque celui-ci n'est pas rémunéré pour l'exercice de son mandat, c'est-à-dire, en pratique, dans le cas du syndic bénévole.
Un exemple donne l'échelle : une copropriété de 60 lots dont les données ne seraient pas régularisées après mise en demeure s'exposerait à 1 200 € par semaine de retard. Second effet, moins spectaculaire mais plus immédiat : une copropriété dont l'immatriculation n'est pas à jour ne peut pas bénéficier des subventions de l'État, de ses établissements publics, des collectivités territoriales et de leurs groupements. Autrement dit, un dossier de rénovation énergétique collective peut se bloquer sur une ligne administrative non renseignée.
Le mouvement est récent et son ampleur réelle reste à mesurer : un appel au boycott lancé par deux organisations ne signifie pas que tous les gestionnaires le suivront. Mais l'asymétrie du risque justifie de vérifier plutôt que d'attendre.
Le fond du débat, lui, dépasse la copropriété. Il porte sur une question devenue récurrente : jusqu'où peut-on faire porter la production de données publiques par des professionnels privés, sans compensation ni évaluation préalable de la charge ? La réponse se jouera dans un dialogue entre l'Anah, le ministère et les organisations professionnelles — pas dans les assemblées générales. Mais en attendant, c'est le budget des syndicats de copropriétaires qui est exposé. Un sujet de plus pour une rentrée déjà chargée, aux côtés du vote du budget et des charges.
Dernier réflexe, pour qui s'apprête à acheter : l'attestation d'immatriculation de la copropriété fait partie des pièces que le notaire réclamera, et son absence peut retarder la signature. Une vérification à faire dès la visite, qu'il s'agisse d'un appartement à vendre ou d'une maison en copropriété horizontale.
Photo : Corentin Jaunault — Unsplash — immeubles d'habitation et cour intérieure végétalisée
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