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Incendies de Gironde, des Landes et du Var : il reste jusqu'au 31 août pour déclarer, et ce n'est pas la garantie catastrophe naturelle qui joue

Incendies de Gironde, des Landes et du Var : il reste jusqu'au 31 août pour déclarer, et ce n'est pas la garantie catastrophe naturelle qui joue
par Fabian Lainé le

Incendies de Gironde, des Landes et du Var : il reste jusqu'au 31 août pour déclarer, et ce n'est pas la garantie catastrophe naturelle qui joue

Quatre jours. C'est ce qu'il reste aux sinistrés des feux de forêt de l'été pour déclarer leur sinistre à leur assureur dans le cadre du délai exceptionnel accordé par la profession. La fédération France Assureurs a annoncé le 27 juillet 2026 une série de mesures dérogatoires pour les départements de la Gironde, des Landes et du Var. La principale : le délai de déclaration, normalement de cinq jours ouvrés, est repoussé au 31 août 2026.

Passé cette date, on revient au droit commun. Et le droit commun, en matière d'incendie, est nettement moins souple qu'on ne l'imagine.

L'ampleur du sinistre

Les feux qui ont démarré le 22 juillet 2026 dans le massif des Landes de Gascogne ont parcouru, au 17 août, environ 47 000 hectares entre la Gironde et les Landes, dont plus de 42 000 pour le seul foyer girondin. Plusieurs centaines de bâtiments — habitations, campings, installations touristiques, entreprises — ont été détruits ou endommagés, la commune du Porge concentrant la part la plus lourde des destructions résidentielles.

Côté population, les préfectures ont recensé environ 220 000 évacuations cumulées en Gironde — un chiffre qui additionne les mouvements successifs et non le nombre de personnes déplacées simultanément — et plusieurs dizaines de milliers dans les Landes. Le feu de Saumos a été fixé le 1er août, celui de Luglon le 17 août. Pour référence, l'incendie de Cestas de 1949, qui reste la catastrophe forestière majeure du massif, avait parcouru de l'ordre de 50 000 à 52 000 hectares et coûté la vie à 82 personnes.

Le contresens à ne pas commettre : l'incendie n'est pas une catastrophe naturelle

C'est l'erreur la plus fréquente, et elle fait perdre du temps à des sinistrés qui n'en ont pas. Beaucoup attendent la publication d'un arrêté de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour déclarer. Cette attente est vaine.

Le régime « Cat Nat » de l'article L. 125-1 du Code des assurances vise les dommages causés par des agents naturels d'intensité anormale contre lesquels on ne peut normalement pas s'assurer : inondation, sécheresse-réhydratation des sols argileux, mouvement de terrain, submersion marine. L'incendie n'en fait pas partie, pour une raison simple : il est assurable, et il l'est depuis toujours.

C'est l'article L. 122-1 du Code des assurances qui s'applique : « l'assureur contre l'incendie répond de tous dommages causés par conflagration, embrasement ou simple combustion ». Cette garantie incendie figure dans toutes les multirisques habitation. Conséquences concrètes :

  • Aucun arrêté à attendre. Vous pouvez et devez déclarer immédiatement.
  • Pas de franchise légale de 380 €. La franchise applicable est celle de votre contrat, souvent inférieure.
  • Le délai est contractuel, et non fixé par la loi Cat Nat. C'est justement pourquoi les assureurs ont pu l'étendre unilatéralement jusqu'au 31 août.
  • Les fumées et la suie comptent. Un logement épargné par les flammes mais enfumé subit un dommage indemnisable au titre de la même garantie.

Si votre commune fait par ailleurs l'objet d'un arrêté Cat Nat pour un autre péril — la sécheresse de l'été, typiquement —, c'est un dossier distinct, avec ses propres délais. Nous détaillons cette procédure dans notre guide sur l'arrêté Cat Nat, la déclaration et l'indemnisation.

Les mesures exceptionnelles décidées par les assureurs

Au-delà du report de délai, l'engagement pris le 27 juillet et relayé par l'État comporte plusieurs volets :

  • Prise en charge du relogement d'urgence pour les personnes évacuées sur ordre des autorités publiques — y compris celles dont le logement n'a pas été endommagé. La prise en charge est plafonnée à trois semaines, et ne peut excéder la durée de l'interdiction d'accès au logement. Elle s'exerce sur justificatifs et dans les limites du contrat.
  • Accélération des expertises dès que l'accès aux zones sinistrées a été rétabli, avec renforcement des équipes de gestion de sinistres.
  • Avances sur indemnisation, sans attendre le chiffrage définitif.

Le 2 août, la préfecture de la Gironde a annoncé la mise en place, avec les assureurs et les cabinets d'expertise, d'un point d'accueil physique au Porge réunissant assureurs, experts et services de l'État, ainsi qu'un suivi régulier de l'avancement des déclarations, des expertises, des avances et des indemnisations.

Ce qui se joue après la déclaration : la valeur à neuf et le délai de reconstruction

Déclarer dans les temps règle le premier problème. Le second arrive plus tard, et il coûte beaucoup plus cher à ceux qui l'ignorent.

La plupart des contrats multirisques habitation indemnisent en valeur à neuf — c'est-à-dire sans déduction de vétusté — mais sous condition : la reconstruction ou le remplacement doit intervenir dans un délai contractuel, très souvent de deux ans à compter du sinistre. À défaut, l'indemnité reste limitée à la valeur d'usage, vétusté déduite. Sur une maison de trente ans, l'écart se compte en dizaines de milliers d'euros.

Or reconstruire après un feu de forêt suppose de passer par le permis de construire, parfois par une révision des règles d'urbanisme locales, et par les obligations légales de débroussaillement qui s'imposent dans les 48 départements concernés. Le délai de deux ans peut devenir court. Il se négocie : demandez par écrit à votre assureur une prorogation motivée dès que vous savez que le calendrier administratif va déraper.

Trois autres points de vigilance :

  • Conservez les biens endommagés et rassemblez tout ce qui prouve leur existence et leur valeur : factures, photographies antérieures, certificats de garantie, relevés bancaires. C'est explicitement demandé par les assureurs.
  • La prescription est biennale. Toute action dérivant du contrat d'assurance se prescrit par deux ans (article L. 114-1 du Code des assurances). Un désaccord sur le montant ne doit pas s'enliser au-delà.
  • Bailleurs : vérifiez votre PNO. Un logement mis en location détruit par le feu relève de votre propre contrat, pas de celui du locataire, pour tout ce qui touche au bâti. Voir notre guide de l'assurance propriétaire non occupant.

Et pour ceux qui achètent dans ces secteurs

L'été 2026 laissera une trace sur le marché du littoral aquitain, comme l'avait fait Landiras en 2022. Deux réflexes s'imposent avant toute acquisition dans un secteur boisé : réclamer l'état des risques à jour, qui intègre depuis 2025 l'information sur les obligations de débroussaillement, et vérifier auprès de la mairie l'existence d'un plan de prévention des risques d'incendie de forêt. Cela vaut aussi bien pour une maison que pour un terrain. La saison a par ailleurs été rude sur d'autres fronts : nous en avions dressé le bilan à mi-parcours fin juillet.

Sources

Photo d'illustration : forêt sous la fumée lors d'un feu de forêt (Saskatchewan, Canada) — Joanne Francis sur Unsplash.

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