Estimation indicative fondée sur des prix affichés. Elle ne constitue ni un avis de valeur ni une expertise au sens de la loi Hoguet.
C'est l'une des protections les plus larges du droit français, et l'une des plus mal connues de ceux qu'elle concerne. Depuis la loi du 6 août 2015, la résidence principale d'une personne physique exerçant une activité professionnelle indépendante est insaisissable de plein droit par les créanciers dont les droits naissent à l'occasion de cette activité. Pas de démarche, pas d'acte, pas de frais : la protection s'applique automatiquement, du seul fait de l'immatriculation et de l'affectation du bien à l'habitation principale.
Quatre millions d'artisans, commerçants, professions libérales, agriculteurs et micro-entrepreneurs sont concernés. Beaucoup l'ignorent — et beaucoup, surtout, ignorent les cinq configurations dans lesquelles cette protection ne produit aucun effet. Ce guide fait le tour du régime en vigueur en 2026, tel qu'il résulte des articles L. 526-1 et suivants du code de commerce.
L'article L. 526-1 du code de commerce, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-990 du 6 août 2015, pose le principe : les droits d'une personne physique immatriculée à un registre de publicité légale ou exerçant une activité professionnelle agricole ou indépendante sur l'immeuble où est fixée sa résidence principale sont de droit insaisissables par les créanciers dont les droits naissent à l'occasion de l'activité professionnelle.
Trois éléments méritent d'être soulignés.
La protection automatique s'arrête à la résidence principale. Pour les autres biens fonciers bâtis ou non bâtis non affectés à l'usage professionnel — résidence secondaire, terrain, appartement locatif, parts de terrain agricole —, la déclaration notariée d'insaisissabilité subsiste. Son formalisme est strict, et il est prescrit à peine de nullité.
Sans cette double publicité, la déclaration existe mais n'est opposable à personne. C'est le point sur lequel les dossiers se perdent le plus souvent.
C'est la limite la plus importante, et la plus contre-intuitive. L'insaisissabilité ne vaut que face aux créanciers dont les droits naissent à l'occasion de l'activité professionnelle. Elle est inopposable à tous les autres : la banque qui a financé l'acquisition du logement, l'artisan impayé d'une facture de travaux personnels, le créancier d'une dette privée. La banque qui détient le prêt immobilier peut donc parfaitement engager une procédure de saisie immobilière sur la résidence principale d'un entrepreneur, sans que l'article L. 526-1 y fasse obstacle.
La Cour de cassation a par ailleurs jugé que le créancier auquel l'insaisissabilité est inopposable conserve son droit de poursuite même après la clôture de la liquidation judiciaire pour insuffisance d'actif (Cass. com., 13 décembre 2023, n° 22-19.749). Un arrêt du 17 janvier 2024 (n° 22-20.185) précise que ce droit de poursuite s'exerce sur le seul bien exclu du gage commun, pas sur les autres actifs du débiteur.
L'insaisissabilité de droit de la résidence principale ne vaut que pour les créances professionnelles nées après le 8 août 2015, date d'entrée en vigueur de la loi. Pour les autres biens fonciers, la déclaration notariée n'est opposable qu'aux créances professionnelles nées postérieurement à sa publication. Une déclaration souscrite après la naissance d'une dette ne protège pas contre cette dette.
La renonciation est prévue par la loi. Elle se fait par acte notarié, soumis aux mêmes formalités de publicité que la déclaration, et peut être totale ou limitée à un créancier déterminé. En pratique, c'est la banque qui la demande au moment d'accorder un financement professionnel. Une renonciation signée au profit de l'établissement prêteur fait tomber toute la protection à son égard. C'est le point à négocier — ou à refuser — avant de signer, pas après.
Le texte protège les droits de la personne physique sur l'immeuble. Lorsque la résidence principale est détenue par une société civile immobilière, l'entrepreneur ne détient pas de droits sur l'immeuble : il détient des parts sociales. La doctrine notariale en tire la conséquence logique — l'article L. 526-1 ne s'applique pas, et les parts de SCI, elles, sont saisissables. Un montage souvent conçu pour protéger le patrimoine produit ici l'effet inverse. Avant d'arbitrer, il vaut la peine de comparer les régimes : nous avons détaillé le fonctionnement et les limites de la SCI familiale et les régimes d'acquisition à deux, de l'indivision à la SCI.
Depuis la loi n° 2022-172 du 14 février 2022, tout entrepreneur individuel bénéficie, pour les créances nées à compter du 15 mai 2022, d'une séparation de plein droit entre patrimoine professionnel et patrimoine personnel. Cette séparation connaît une exception notable : en cas de manœuvres frauduleuses ou d'inobservation grave et répétée des obligations fiscales et sociales, l'administration fiscale et les organismes de sécurité sociale retrouvent un droit de gage sur l'ensemble des patrimoines (article L. 526-24 du code de commerce). La protection patrimoniale n'a jamais été conçue comme un abri contre la mauvaise foi.
La loi du 14 février 2022 a profondément recomposé le paysage. Elle a instauré la séparation automatique des patrimoines pour tous les entrepreneurs individuels et, dans la foulée, fermé la création de nouvelles EIRL — le statut devenait redondant. Les EIRL existantes continuent de fonctionner selon leurs règles antérieures.
Elle n'a pas pour autant absorbé le régime de l'article L. 526-1. Les deux dispositifs se superposent et ne recouvrent pas le même périmètre : la séparation des patrimoines protège l'ensemble du patrimoine personnel contre les créanciers professionnels, tandis que l'insaisissabilité de la résidence principale reste le socle historique, avec sa propre jurisprudence et ses propres règles d'opposabilité dans le temps. En pratique, un entrepreneur poursuivi invoquera les deux.
La protection est indéfinie tant que le bien reste la résidence principale et que l'entrepreneur n'y a pas renoncé. Elle devient caduque au décès de l'entrepreneur — mais elle subsiste pendant la liquidation de la succession, ce qui laisse aux héritiers le temps d'organiser le règlement du passif.
Lorsque le logement passe en indivision entre plusieurs héritiers, les difficultés changent de nature : elles deviennent celles, classiques, de la gestion et de la sortie d'indivision, que nous avons traitées dans notre guide du partage amiable, de la vente aux deux tiers et de la licitation.
Photo : façade et porte d'une maison ancienne — Jim Thirion sur Unsplash.
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