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Logement social : la Cour des comptes chiffre à 2,8 millions les demandes pour moins de 384 000 attributions par an

Logement social : la Cour des comptes chiffre à 2,8 millions les demandes pour moins de 384 000 attributions par an
par Fabian Lainé le

Logement social : la Cour des comptes chiffre à 2,8 millions les demandes pour moins de 384 000 attributions par an

Dans son rapport public annuel 2026, publié le 25 mars 2026, la Cour des comptes consacre un chapitre entier — « Faciliter le parcours d'accès au logement social dans les territoires » — à la tension croissante entre l'offre et la demande de logements sociaux en France. Le constat chiffré est sans ambiguïté : à la fin 2024, le système national d'enregistrement (SNE) recensait 2,8 millions de demandes de logement social, dont 1,9 million hors mutation, quand seulement 383 857 attributions ont été prononcées sur l'année — un chiffre en baisse continue depuis 2018, où il atteignait encore 462 000.

Une demande qui progresse deux fois plus vite que l'offre

La Cour souligne que le nombre de demandes a bondi de 2 107 000 en 2018 à 2 760 000 en 2024, soit une progression moyenne de 4,3 % par an, quand le nombre d'attributions annuelles suivait la trajectoire inverse. Un tiers de ces demandes, soit environ 900 000, émane de ménages déjà logés dans le parc social qui cherchent à changer de logement — pour des raisons de localisation, de confort ou de composition familiale. Hors mutation, la demande nette s'élève donc à près de 1,9 million de ménages en attente d'un premier logement social.

72 % des ménages français seraient éligibles

Autre chiffre marquant du rapport : 72 % des ménages français, soit environ 17 millions de foyers, dont 49 % sont déjà propriétaires de leur résidence principale, pourraient prétendre à un logement du parc social au regard des plafonds de ressources en vigueur. Le parc social ne représente pourtant qu'environ 16 % des résidences principales, avec 5,9 millions de logements dont 4,8 millions détenus par des organismes HLM — un déséquilibre structurel entre une éligibilité très large et une offre nécessairement contrainte.

Une rotation des locataires tombée à 7 %, contre 12,5 % en 1999

La Cour pointe un phénomène aggravant directement la pénurie : le taux de rotation des locataires du parc social — c'est-à-dire la part de logements qui se libèrent chaque année — est tombé à seulement 7 % en 2024, contre 12,5 % en 1999. Dans les zones les plus tendues, ce taux descend à 5,1 % à Paris et 5,5 % pour l'ensemble de l'Île-de-France, ce qui revient à une remise en location moyenne tous les vingt ans — un chiffre encore plus faible pour les logements les moins chers (PLAI). La Cour recommandait déjà en 2017 d'inciter les bailleurs HLM à améliorer cette rotation, notamment via le supplément de loyer de solidarité, dont elle propose d'abaisser le seuil de déclenchement.

Des demandeurs plus jeunes, plus pauvres, plus souvent isolés

Le profil des demandeurs évolue : le revenu mensuel moyen par unité de consommation des ménages demandeurs s'établissait à 1 782 € fin 2024, avec plus de 60 % d'entre eux sous les 1 500 € mensuels. L'âge moyen des primo-demandeurs a légèrement baissé, passant de 40 ans en 2019 à 39,7 ans en 2024, tandis que les personnes isolées et les familles monoparentales représentent désormais 80 % des nouvelles demandes de l'année. Ce constat rejoint les remontées de terrain sur l'enquête ressources dans le parc social, qui vise justement à mieux objectiver la situation financière des locataires en place.

Un processus d'attribution jugé complexe et peu lisible

Au-delà des chiffres, la Cour critique un processus d'attribution « complexe et insatisfaisant », reposant sur un cadre réglementaire peu exigeant en matière de justificatifs et sur des informations déclaratives rarement actualisées. Une part importante des propositions d'attribution sont refusées par les demandeurs eux-mêmes — avec un taux de refus moyen de 28 %, pouvant atteindre 43 % selon les départements. La magistrature financière relève aussi que la territorialisation des politiques d'attribution, censée s'appuyer sur les objectifs de mixité sociale de la loi SRU, reste inégale d'un établissement public de coopération intercommunale à l'autre. Ce diagnostic intervient alors que les élections des représentants des locataires HLM se préparent pour la fin de l'année, un scrutin qui désignera une partie des interlocuteurs chargés de porter ces critiques au sein des conseils d'administration des bailleurs sociaux.

Sources

Photo : Compagnons — Unsplash — façade d'immeuble résidentiel en briques

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